Après la rencontre entre Trump et Poutine à Helsinki, l’hystérie continue



Le sommet d’Helsinki du 16 juillet entre Poutine et Trump n’aura pas permis d’améliorer les relations entre les deux superpuissances nucléaires. La bonne volonté du président Trump n’aura pas suffi. L’ingérence russe supposée dans l’élection présidentielle étatsunienne de novembre 2016 constitue pour l’establishment  à Washington un point de non retour.

Or durant la conférence de presse conjointe avec son homologue russe, Donald  Trump a une nouvelle fois exprimé ses doutes quant à la réalité d’une telle ingérence.

De retour aux Etats-Unis le président a dû revenir sur ses propos et reconnaitre qu’il acceptait les conclusions de ses agences de renseignement, tout en soulignant que d’autres personnes pouvaient être mêlées à cette affaire.

En revanche, il n’a pas démenti ses propos « blâmant la bêtise et la stupidité étatsunienne dans la détérioration des relations entre les deux pays », depuis notamment  les événements d’Ukraine en 2014.  Ce qui correspond en grande partie à la réalité.

De fait, même si les autorités russes ont toujours montré leur préférence pour une présidence Trump, il n’en demeure pas moins qu’il n’a pas été démontré à ce jour, ni ne le sera probablement jamais, « l’efficacité » de l’ingérence russe dans l’élection présidentielle des Etats-Unis. Nous considérons que la faiblesse des moyens russes mis en œuvre n’aura  pu,  ni altérer les résultats ni changer le cours de l’élection.

Ainsi, par exemple, Donald Trump a affirmé maintes fois sa misogynie durant sa campagne électorale. Or 42% des femmes ont voté pour lui.   De même, tout en qualifiant les hispaniques, et en particulier les mexicains, de voleurs et de violeurs, cette communauté a voté à 35% pour le candidat républicain. Et tout en négligeant totalement le vote des afro-américains, 12% ont voté Trump. Les électeurs ont donc voté en connaissance de cause !

Enfin, c’est surtout le système électoral d’élection indirecte qui a permis l’élection du candidat républicain, si décrié, alors que c’est la candidate démocrate, Hilary Clinton, qui a gagné le vote populaire. Après le précédent Bush-Gore en 2000, le refus de changer le système électoral a constitué le véritable piège… qui s’est refermé sur Washington en 2016.

Ceci est d’autant plus vrai que les moyens mis en œuvre par la Russie pour influencer  la situation intérieure de pays étrangers restent dérisoires par rapport à ceux des Etats-Unis. Depuis 1945, ces derniers sont intervenus  directement au moins 50 fois dans les élections d’autres Etats.  Dès 1948, lors des élections législatives en Italie,  les Etats-Unis ont pris en charge la campagne électorale des partis d’opposition afin d’empêcher l’arrivée des communistes au pouvoir… jusqu’au renversement du président Yanoukovitch en Ukraine en 2014.

Pour les Etats-Unis leurs interventions extraterritoriales  sont justifiées car elles ont pour objectif d’apporter la démocratie. En revanche les interventions russes, quant à elles, auraient pour objet de saper l’ordre démocratique et libéral. De fait, depuis 1945, les Etats-Unis se sont souvent ingérés, sous couvert de la démocratie, dans les affaires des autres Etats, mais afin d’étendre leur influence (Tchécoslovaquie 1990 ; Russie, 1996 ; Yougoslavie, 2000 ; Géorgie, 2003 ; Ukraine, 2004 et 2013-2014, pour les cas les plus récents).

Mais, on constate que Washington a aussi soutenu ou aidé à mettre en place, au gré de ses intérêts,  un grand nombre de dictateurs comme au Guatemala (1954), au Brésil (1964), en Indonésie (1965-1966), en Grèce (1967), au Chili (1973), souvent en remplacement de pouvoirs démocratiquement élus.  Dans ces cas là, les Etats-Unis ont donc bien porté atteinte à l’ordre démocratique…ce qui constitue leur principale critique portée aujourd’hui à la Russie !

Finalement, Washington reproche à Moscou la mise en œuvre de méthodes qui lui sont propres,  comme les tentatives d’influer sur le résultat d’une élection. Dans la psychologie étatsunienne, où domine toujours l’idée d’exceptionnalisme (American exceptionalism), il est inconcevable qu’un pays tiers, et a fortiori la Russie, le  meilleur ennemi, tente de peser, même symboliquement,  sur le vote de ses concitoyens. Ce qui explique le très haut degré d’hystérie et de russophobie présent dans le microcosme politique étatsunien, jamais atteint auparavant ni même pendant la guerre froide.

Il est donc grand temps pour la classe politique d’outre atlantique de méditer la célèbre maxime du Général de Gaulle : « Les États n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts ». Ce qui vaut pour les Etats-Unis vaut aussi pour la Fédération de Russie, et pour tous les autres Etats souverains…

Notes

Le titre original de cette contribution est : Relations Etats-Unis-Russie : l’hystérie continue.

Construire l’Europe, une obligation de contexte, de dimension et d’échelle



Quel dommage et quel gâchis ! L’Europe est née d’une intention louable, pour les uns cauchemar insupportable, pour d’autres utopique réponse à tout. Que l’on soit pour l’Europe des nations ou pour l’Europe fédérale, force est de constater que face aux grands ensembles économiques, stratégiques et politiques de ce début de 21ème siècle, l’idée d’Europe n’a contradictoirement jamais été aussi vitale.

Malheureusement est-elle en pleine crise, au risque de sombrer définitivement, car nos gouvernements – élus doit-on le rappeler – ont confondu rêve et réalité. Le rêve a été de créer une Europe qui soit à la fois forte, tolérante à l’excès, ouverte à tout mais aussi « à la carte » afin de ne pas abandonner trop de prérogatives à ce qui demeure un objet politique unique et contestable, l’Union européenne (UE).

La réalité est que nous persistons dans l’erreur et qu’à construire l’Europe à moitié, on a sévèrement abîmé son essence même et le projet semble désormais condamné. En effet, si l’on souhaitait construire l’Europe, il fallait aller au bout du processus et créer les « Etats-Unis d’Europe » avec un seul gouvernement, un seul droit, une seule fiscalité, une seule armée, etc…

« Fou, utopique, destructeur des nations, » répondront certains. Ils auront probablement raison mais face aux mastodontes américain, chinois, indien, était-ce à la fois le plus ambitieux et le plus logique projet. Nous avons collectivement préféré demeurer au milieu du gué pour n’obtenir de notre création qu’une structure hybride hors-sol, bien peu légitime, et aucunement souveraine.

Au final, et alors que l’Europe – malheureusement associée dans les esprits à l’échec de l’UE – se dispute en son sein et en est encore à « réfléchir sur comment régler la crise migratoire » des années après son commencement, le reste du monde poursuit son rapide développement. Bientôt serons-nous dépassés et d’ailleurs est-ce déjà le cas dans le secteur vital des nouvelles technologies où les 30 leaders mondiaux sont soit américains soit chinois.

On peut en effet aimer la France, la vouloir à nouveau souveraine et comprendre toutefois que le contexte revêt une importance capitale. D’où cette question fondamentale, trop souvent ignorée, de la dimension et des échelles. Si l’on peut se féliciter par exemple de développements de programmes technologiques militaires à hauteur de 500 millions d’euros en France, on peut aussi mesurer l’écart difficile à combler par rapport aux 20 milliards d’euros investis par la Chine dans le même domaine.

Au-delà donc des idées politiques aussi pertinentes que la souveraineté nationale, il faut aussi produire cet indispensable effort intellectuel qui consiste à réaliser que l’Europe n’est pas une île – la crise migratoire le prouve chaque jour – et qu’elle devra structurellement se réorganiser pour affronter les défis majeurs du nouveau millénaire.

Toute solution « à moitié » est vouée à l’échec et s’avère contreproductive. Il n’est pas besoin d’être un européiste béat – on peut même être l’inverse – pour comprendre que si l’Europe ne s’unit pas dans un projet historique d’une profondeur inédite, ses chances de peser dans l’avenir du monde seront infimes. Il ne s’agit aucunement de détruire les cultures nationales ou de poursuivre la transformation actuelle de l’Europe en un grand bazar mondialisé mais de mesurer le défi immense que représente la révolution mondiale qui a commencée depuis que la Chine « s’est éveillée ».

Face aux centaines de milliards investis par la Chine dans son outil militaire, face à des Etats-Unis prioritairement tournés vers l’Asie, que vaut une Europe désunie et désarmée qui perd un temps fou à traiter les effets des crises qu’elle encourage par son impéritie ? Soyons honnêtes : rien !

On peut se féliciter de la « diplomatie européenne », s’enorgueillir de représenter une part importante du PIB mondial, mais en direct sur la scène stratégique mondiale, l’Europe est manifestement un nain alors qu’elle devrait être un géant. L’Europe donc doit devenir et penser puissance sans quoi elle sera définitivement reléguée en simple zone économique dépourvue de toute autorité stratégique dans un monde dont le nouveau paradigme géopolitique annonce autant de dangers que d’opportunités.

Actuellement l’Europe est petite et le monde est grand. En niant ses racines et en s’imaginant comme un melting-pot indéfini sans limite ni frontières, l’Europe a perdu le fil de son Histoire et n’est donc plus en mesure de jouer quelque rôle historique.

Quelle que soit la force de ses idées, tout demeure une histoire de dimension et sur la scène internationale, le plus grand et le plus fort a le plus souvent « raison ». En crise, l’Europe n’est ni grande ni forte, et son futur et celui de ses peuples dépendent aujourd’hui de Washington et peut-être demain de Pékin.

L’Europe, jadis cœur du monde, s’est transformée en enfant gâté qui croit que sa prospérité et sa paix d’aujourd’hui, bien que relatives, continueront ad vitam aeternam sans que jamais le reste du monde ne les conteste. Notre déclassement collectif dans la plupart des domaines montre pourtant que nous avons amplement tort et que le prix à payer de continuer à rêver plutôt que de vivre dans la réalité compromet sérieusement notre avenir.

Entre Donald Trump et Joe Biden, c’est “tu vas voir ta gueule à la récré !”



Le premier est président des Etats-Unis et le second a été vice-président pendant deux mandats en plus d’une très longue carrière au Congrès.

Le premier a exprimé son vœu d’être réélu en 2020 tandis que le deuxième envisagerait bien de briguer sa place. Ils comptent tous les deux parmi les hommes les plus puissants du monde et pourtant rien ne semble en ce moment les différencier d’enfants qui se disputeraient dans une cour d’école à l’occasion d’une récréation mouvementée.

Lors d’un rassemblement anti-agression sexuelle en Floride le 21 mars 2018, Joe Biden a rappelé des commentaires graveleux de Donald Trump sur les femmes et enregistrés à son insu dans l’émission « Access Hollywood » en 2005. « Si nous étions au lycée, je l’emmènerais derrière la salle de gym et je le corrigerais de façon mémorable. »

Tenant Joe Biden ainsi responsable d’une seconde menace d’agression physique en souhaitant le « battre à mort », Donald Trump a réagi en déclarant que « Joe Biden le dingo* essaie d’agir comme un dur, mais il est faible mentalement et physiquement. »

Mais, « il irait vite et durement au sol, le tout en pleurant. Ne menace pas les gens Joe ! » s’exclame l’homme le plus puissant du monde. Si les Français se plaignent souvent de leurs hommes politiques, qu’ils se rassurent donc en sachant que la première puissance mondiale est gouvernée par des enfants turbulents.

* « Crazy Joe Biden » dans le texte. LOL ?

Notes