Panique à l’Elysée, la France est-elle actuellement en phase pré-révolutionnaire ?



Les remontées du terrain s’accumulent depuis des mois sur les bureaux d’une majorité politique qui, peu à peu, a perdu le contrôle non seulement de son mandat jusqu’en 2022 mais plus gravement d’une grande majorité du peuple Français. Loin des sourires de façade, de la solidité gouvernementale affichée, les fissures s’élargissent dans le mur désormais au bord de l’écroulement soudain de la majorité présidentielle En Marche (LREM).

Clairement, et conformément à l’enquête de Le Politique dont la synthèse avait été publiée – et critiquée – en août dernier, Emmanuel Macron est très largement contesté voire « détesté » par de nombreux Français. Son passage « secret » mais finalement très mouvementé au Puy-en-Velay a en quelque sorte ramené Jupiter sur Terre et l’a convaincu de la justesse de telles évaluations.

L’acrimonie ambiante dépasse en force et en masse tout ce qui a été connu sous la Vème République et même François Hollande, aux pires moments de son mandat, ne suscitait pas une telle « haine ». Le mot est fort certes mais il est, en toute objectivité politique, ce qui est dûment constaté en direct sur le terrain tant les appels à la contrainte au moins verbale contre Emmanuel Macron sont devenus courants dans les paroles des Français mécontents, de tous bords politiques souligne-t-on.

La distance qui sépare aujourd’hui l’exécutif présidentiel et la population qu’il a pour tâche de présider sera extrêmement difficile à réduire tant les mots d’Emmanuel Macron n’atteignent plus que la frange la plus convaincue de son « nouveau monde » à savoir entre 12% à 19% maximum de l’électorat.

La possibilité augmentée d’une « révolution » résulte d’une perception de plus en plus virulente d’un engagement politique d’Emmanuel Macron, supposé ou véritable – au choix, à l’opposé de la volonté d’une majorité présumée de la population à l’instar du pacte de l’ONU pour les migrations signé à Marrakech contre l’avis de 80% des Français qui estiment qu’il y a trop d’immigration.

Aux tensions socio-économiques record s’ajoute la réactualisation de la menace islamiste qui, après l’attaque de Strasbourg, remet un peu plus d’incompréhension et d’affectif dans une marmite de colère populaire déjà pleine à ras-bord.

Enfin, le point nodal d’une hypothèse révolutionnaire tient de la passivité voire de l’engagement d’une partie significative de la droite « classique » qui n’a rien oublié de l’humiliation vécue par son candidat François Fillon et qui subit elle aussi de plein fouet la fiscalité excessive imposée aux classes moyennes.

A la question de savoir si la France est au seuil d’une révolution, les données disponibles répondent plus positivement que négativement. Ce n’est pas une opinion subjective mais un constat objectif corroboré par de nombreuses sources et que ne contredira probablement pas le renseignement territorial. Rappelons d’ailleurs le titre prémonitoire du livre de campagne d’Emmanuel Macron : « Révolution ».

Même si une probabilité n’est jamais une certitude, la situation actuelle peut être raisonnablement qualifiée de pré-révolutionnaire et la majorité présidentielle est cernée par de nombreux défis mathématiquement et difficilement surmontables. Les milliards d’euros de recettes publiques annulées qui viendront augmenter le déficit public pèseront inévitablement sur les classes moyennes, alimentant ainsi – et involontairement – la dynamique en cours.

Reconquérir la droite des classes moyennes en réduisant fortement la dépense publique d’un côté et les impôts de l’autre paraît constituer la seule réponse valable en mesure de contrarier ladite dynamique, l’inconnue – ou plutôt l’impossibilité – étant donc principalement budgétaire. A ceci devrait s’ajouter une réduction drastique de l’immigration qui est devenue un sujet de préoccupation majeure dans des franges de l’opinion publique qui ne s’en inquiétaient pas auparavant.

Gilets jaunes et crise politique : le « changement », c’est maintenant ?



Les données en provenance du terrain sont contrariantes pour le gouvernement d’Emmanuel Macron et rarement a-t-on constaté une telle détermination dans la volonté populaire pour qu’il cède enfin à ses revendications.

Le vaste mouvement des gilets jaunes rappelle au pouvoir politique qu’en France, à force de brimades, d’humiliations et de taxations, le peuple reste toujours capable de reprendre possession de son pays et s’inscrit dans une longue Histoire qui en a maintes fois prouvé tant la bravoure que l’audace.

Aujourd’hui en 2018 se profile peut-être bien plus qu’une simple protestation populaire encouragée par le soutien massif de l’opinion publique, il y a peu posait-on la question de savoir si la contestation pouvait se muer en révolution ?

A voir les « troupes » de gilets jaunes qui s’organisent sur internet, qui étendent leur action partout sur le territoire et se structurent afin de durer voire de durcir dans le temps, les prémisses d’une révolution ou d’au moins une crise politique majeure sont d’ores et déjà observables.

Il va s’en dire que la réponse d’Emmanuel Macron et de son gouvernement a été jusque-là d’une faiblesse qui a catalysée la force d’un mouvement de fond qui est né d’années d’échecs politiques retentissants.

Ce dernier se résume en un groupe aux contours non délimités, aux lignes idéologiques non fixées et il s’appelle « le peuple », celui-là même dont « les élites » en avaient oublié jusqu’à l’existence tant elles étaient affairées à décider l’édification d’un « nouveau monde » qui se ferait avec ou sans lui – mais avec ses deniers.

Colère des Français : le 17 novembre 2018 cristallise autant d’angoisses que d’humiliations



Certes la hausse vertigineuse et insoutenable des taxes sur les carburants – essence et diesel – motive en grande partie le mécontentement que des citoyens appellent, de plus en plus nombreux, à exprimer à l’occasion d’un « blocage national » le 17 novembre 2018 mais l’explication d’un tel mouvement populaire à l’ampleur – au moins numérique – déjà record n’est pas unique.

Les causes sont en effet multiples et transcendent les lignes partisanes de la droite à la gauche, et c’est notamment pourquoi il est absolument erroné de réduire cet appel à une manifestation « d’extrême droite ». Les données sont claires et la cellule communication d’Emmanuel Macron à l’Elysée ne peut aucunement les ignorer puisqu’elles sont publiques et librement accessibles via les réseaux sociaux.

Parmi les Français mécontents, on compte de très nombreux gens « de gauche » qui rappellent « l’austérité ultra-libérale » (1) de Bruxelles – l’Union européenne (UE) – et le « déni de démocratie » relatif à l’ignorance du « non » au referendum sur la constitution européenne en 2005. S’affichent aussi ceux qui protestent contre « le président des riches » et dont la preuve serait « la richesse toujours plus grande des patrons du CAC 40 et des grandes fortunes ».

A gauche comme à droite, la précarité grandissante de la « France d’en bas », la misère croissante dans les zones rurales et le chômage endémique motivent une grande partie des citoyens mécontents.

A droite, le refus répété d’Emmanuel Macron d’entendre la voix de la majorité – là aussi transpartisane mais exprimée de façon plus directe à droite de l’opinion publique – sur l’immigration « massive », sur l’islamisme, sur la perte de souveraineté nationale, sur l’euro « au bénéfice de l’Allemagne » génère une protestation qui redouble d’intensité avec l’incompréhension scandalisée face au refus présumé du chef de l’Etat de célébrer la victoire militaire de 1918.

Du point de vue général, la cristallisation de la colère et la convergence des mécontentements ne consistent pas seulement en une addition de sujets spécifiques mais en une masse potentiellement incontrôlable de faits, de politiques ou d’échecs vécus comme autant d’humiliations, de déclins et d’angoisses.

Un peu comme le 11 septembre a produit quinze ans plus tard Donald Trump président, le pouvoir politique sous-estime grandement l’impact psychologique gigantesque des attentats islamistes de 2015 et 2016 – puis tous ceux, plus sporadiques, qui suivent – sur une majorité de Français qui se sentent désormais en grand danger, constatant que l’Etat s’avèrerait tout à fait impuissant à contenir le développement de l’islamisme et donc le démantèlement total du « mode de vie » à la française, voire tout bonnement de la France.

Quoiqu’on pense de cette hypothèse, elle nourrit in concreto, elle catalyse une angoisse nationale propulsée par une insécurité culturelle quasi-ontologique, prémisse possible d’un mouvement de plus grande ampleur ; ce qu’Emmanuel Macron définit – à tort – comme du « nationalisme ».

Ces millions de Français qui limitent – pour l’instant ? – l’expression de leur mécontentement à leur voix ne supportent en fait plus tous ces drames, tout ce déclin qu’ils vivent comme une véritable humiliation de leur Histoire, de leur identité, de ce qui fait d’eux des Français.

La dimension identitaire – qu’on y adhère ou pas, et pas seulement à droite – participe largement de cette réaction à l’humiliation et l’Histoire a montré combien un peuple humilié tant de fois, dans un silence contraint, peut brutalement se réveiller. Ne pas le comprendre après tout ce que les Français ont eu à subir ces dernières années relève d’une erreur analytique fondamentale voire d’un déni volontaire de la réalité.

Il est temps de comprendre, il est urgent d’écouter.

La colère des Français traverse toute l’opinion publique, est d’essence réellement citoyenne et résulte de causes multiples qui forment un amas gigantesque et potentiellement volatil. L’ignorer serait un pari politique hautement risqué et il serait totalement inconvenant de s’en tenir ensuite à la simpliste et fuyante rhétorique du « moi ou le populisme ».

L’humiliation, voilà ce que les Français de tous bords – Mélenchonistes, Fillonistes, Sarkozystes, Marinistes, Dupont-Aignantistes, etc… – ne supportent plus. La véritable réponse démocratique est d’enfin les écouter, d’enfin prendre les mesures qu’ils souhaitent, d’enfin présider pour tous les Français.

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Notes

(1) Les mots entre guillemets sont des citations de propos citoyens lus sur les réseaux sociaux.