Européennes 2019 : Bellamy écrase Loiseau, et si LR devançait LREM ?



En matière de campagne électorale, existent des signes qui ne trompent guère et qui s’avèrent durablement pertinents en France comme ailleurs.

Des observations que des correspondants nous ont rapportées des meetings des Républicains (LR) et de ceux de La République En Marche (LREM) dans le cadre des élections européennes du 26 mai prochain, peut-on en déduire que la dynamique est actuellement du côté de LR tandis que LREM souffre.

Nombre de personnes présentes, ambiance, enthousiasme, espoir, engagement militant, tous les critères sont actuellement au vert pour LR alors qu’ils sont passés d’orange à rouge en quelques semaines chez LREM.

En toile de fond, deux éléments participent de la descente rapide de la liste « Renaissance » soutenue par Emmanuel Macron – entre-temps devenu tête d’affiche – à savoir d’abord le bilan des deux ans de présidence LREM qui ne satisfait que 22% des Français et ensuite la manque de notoriété et d’enthousiasme autour de la tête de liste Nathalie Loiseau, perçue comme « technocratique » et « déconnectée ».

En face, le philosophe et élu local François-Xavier Bellamy suscite un intérêt croissant par ses opinions jugées « courageuses » et « clairement de droite » et réussit à redonner l’espoir à une famille politique que beaucoup pensaient moribonde six mois auparavant.

La plus mauvaise nouvelle pour Emmanuel Macron est que le candidat LR ramène peu à peu des électeurs « de droite » passés chez LREM depuis 2017 et quelque peu dépités d’avoir cru au « libéralisme » et au « dynamisme » du pourtant ancien membre du Parti Socialiste (PS), conseiller et ministre de François Hollande pendant six ans.

Sera-ce suffisant pour que la courbe de LR croise à la hausse celle de LREM ? Le temps pourrait bien manquer cette fois-ci mais les trois années d’ici l’élection présidentielle 2022 pourraient suffire.

En attendant, les données disponibles relatives à LREM sont mauvaises, la campagne de Nathalie Loiseau patine sévèrement et la surprise pourrait donc venir d’un score inférieur aux sondages pour la liste « Renaissance » d’Emmanuel Macron.

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Comme Wauquiez, beaucoup déplorent les « petites corrections » de Macron



Emmanuel Macron « ne préside pas une start-up nation, il préside un peuple qui a une identité et des racines » a rappelé Bruno Retailleau, président du groupe Les Républicains (LR) au Sénat, alors que le président de la République souhaite lancer un concours international d’architecture pour la reconstruction de la cathédrale Notre-Dame de Paris.

Les mots du sénateur de Vendée ont d’une certaine façon anticipé sur la longue conférence de presse présidentielle présentée comme une restitution du « Grand Débat » ayant suivi le vaste mouvement des Gilets jaunes.

Hormis un certain art oratoire reconnu même par ses adversaires les plus tenaces, Emmanuel Macron semble finalement n’avoir pas suffisamment répondu aux attentes d’une majorité des Français qui considère qu’il n’a pas compris ses préoccupations majeures à savoir l’immigration massive, le communautarisme islamiste, l’insécurité croissante et la précarité économique et sociale.

A l’instar de Laurent Wauquiez, président de LR, qui parle de « petites corrections », beaucoup ont le sentiment que la conférence de presse élyséenne visait principalement à « gérer le temps » afin que La République En Marche (LREM), manifestement en perte de vitesse, ne soit pas trop distancée aux élections européennes par le Rassemblement National (RN) de Marine Le Pen.

Même chez quelques fidèles de LREM pointe désormais quelque déception concernant une véritable « disruption » qui paraît finalement impossible alors qu’ils espéraient que « Jupiter » prenne tout le monde à revers et lance enfin la « Révolution » progressiste qu’il souhaitait dans son livre-programme de 2016.

En effet, selon les informations disponibles, LREM perdrait actuellement en intentions de vote parmi ses propres électeurs plutôt que chez ceux qui ont exprimé un temps le souhait de voter pour la majorité présidentielle.

Absente du Grand Débat, l’immigration revient en force avec les Européennes



L’immigration et, selon « la droite », son corollaire islamiste suscitent une défiance inédite parmi les Français chez qui environ 80% se disent favorables à une réduction drastique du droit d’asile, à un renforcement des frontières et à un contrôle strict de l’accès au territoire national (et plus encore de l’installation et du regroupement familial).

Malgré donc le grand nombre de compatriotes se disant en faveur d’une politique migratoire plus sévère, la majorité présidentielle d’Emmanuel Macron et de La République En Marche (LREM) ont préféré évacuer ce thème sensible du Grand Débat qui visait pourtant le dialogue citoyen et la compréhension mutuelle.

Mais ce qui fut laissé à la porte du Grand Débat revient finalement par la fenêtre des élections européennes, en effet les dirigeants des trois partis politiques communément placés à droite de la scène politique nationale – Les Républicains (LR), le Rassemblement National (RN) et Debout La France (DLF) – abordent désormais le sujet de l’immigration plus directement et plus agressivement qu’auparavant, estimant qu’il y a urgence à traiter la problématique.

Le président de LR, Laurent Wauquiez, estime que « nous avons dépassé nos capacités d’intégration » et qu’en parallèle afin de « redonner un avenir à notre civilisation européenne, (il faut) arrêter de sous-estimer la menace islamiste ».

Son homologue du RN, Marine Le Pen, dénonce l’Union européenne (UE) comme « pro-immigration » et crois « qu’il faut au contraire des frontières nationales (…) et que les critères du droit d’asile soient raffermis. »

Quant au président de DLF, Nicolas Dupont-Aignan, il rappelle que des élus LR au Parlement européen ont voté en faveur du Pacte de Marrakech et voit « une crise existentielle d’identité » qui requiert un contrôle aux frontières pas « uniquement pour l’immigration mais aussi contre le trafic d’armes et de drogue, le terrorisme ».

En somme, « les droites » tentent de ramener au cœur du débat européen le premier sujet de préoccupation des Français avant même l’emploi et la fiscalité selon de nombreuses enquêtes d’opinion menées récemment, à rebours donc du Grand Débat qui aura manqué l’occasion d’aborder franchement ce sujet fondamental aux effets potentiellement élevés et déjà constatés.