Céder le siège de la France au conseil de sécurité de l’ONU, la ligne rouge



Un ancien dirigeant de l’Allemagne des années 1930 en a rêvé, Angela Merkel va-t-elle le faire ? La France poursuit sa descente aux enfers stratégiques dans le démantèlement profondément organisé, absolument séquencé depuis fort longtemps de sa souveraineté.

Washington n’a jamais supporté que Paris puisse avoir quelque once d’indépendance. Berlin n’a jamais accepté que Paris soit sorti, au moins diplomatiquement, victorieux de l’invasion nazie de l’Europe. Moscou et Pékin ne croient plus vraiment à l’indépendance de Paris.

Depuis des années, une vaste entreprise de démolition de tout ce qui donne – ou donnait – à la France quelque influence dans le monde continue sans que cela ne suscite quelque protestation. Totalement léthargique, absolument à plat ventre, décidément naïf, le corps politique français livre depuis des années les clefs de la France à l’Allemagne.

Maintenant que l’Allemagne ose demander à la France de lui donner l’un de ses deux derniers atouts à savoir son siège au conseil de sécurité de l’ONU, on trouve véritablement des élus politiques français pour trouver cette proposition parfaitement acceptable et ils poussent le délire jusqu’à en encourager la concrétisation (1).

Aujourd’hui le siège au conseil de sécurité de l’ONU alors que la France, depuis des décennies, protège au prix de ses hommes et d’un budget militaire parmi les plus importants du monde l’Europe entière.

Demain, l’Allemagne au prétexte de la solidarité européenne demandera aussi la dissuasion nucléaire française qui a tant coûtée aux Français. Que l’Europe soit une belle idée, d’accord, mais qu’elle ne se construise qu’au bénéfice exclusif de l’Allemagne par la déconstruction odieuse et en pleine lumière de la France relève de l’impensable.

Le culot allemand n’a d’égal aujourd’hui que la naïveté absolument interstellaire d’un pouvoir politique français semblable au membre d’une secte tout dévoué à son gourou. Rappelez à l’Allemagne qu’elle a aussi des devoirs, qu’elle porte des prétentions qui confinent à l’humiliation, qu’elle n’aime que l’Europe que quand elle lui sert est le devoir de tout européen qui aime l’Europe.

Qu’Emmanuel Macron ose un instant penser à accéder à l’exigence allemande concernant l’ONU et il allumera la flamme d’une mèche potentiellement inextinguible.

Notes

(1)

Bruxelles s’active enfin contre les sanctions extraterritoriales américaines



« Enfin ! » a-t-on envie de s’exclamer à la lecture d’un communiqué de la Commission européenne (CE) annonçant vouloir protéger les entreprises européennes des conséquences de toute loi extraterritoriale, notamment américaine.

Considérant la sortie de l’administration Trump de l’accord nucléaire avec l’Iran signé en juillet 2015 et le rétablissement intégral des sanctions américaines décidé par Donald Trump, la CE explique que « la loi de blocage européenne entre en vigueur aujourd’hui » afin de protéger les entreprises européennes exerçant des activités légitimes en Iran.

Cette loi « ouvre aux opérateurs de l’UE le droit d’être indemnisés de tout dommage découlant de sanctions extraterritoriales » précise la CE qui, pour une fois, a pris une décision utile et bienvenue. En effet, l’Europe, et ce n’est pas nier son amitié avec les Etats-Unis, doit absolument affirmer sa souveraineté et ne plus laisser quiconque lui dicter ce qu’elle peut faire ou non.

Quant à l’Iran, la politique européenne ne devra toutefois pas ignorer la politique discutable de Téhéran au Moyen-Orient et agir avec réalisme.

Après la rencontre entre Trump et Poutine à Helsinki, l’hystérie continue



Le sommet d’Helsinki du 16 juillet entre Poutine et Trump n’aura pas permis d’améliorer les relations entre les deux superpuissances nucléaires. La bonne volonté du président Trump n’aura pas suffi. L’ingérence russe supposée dans l’élection présidentielle étatsunienne de novembre 2016 constitue pour l’establishment  à Washington un point de non retour.

Or durant la conférence de presse conjointe avec son homologue russe, Donald  Trump a une nouvelle fois exprimé ses doutes quant à la réalité d’une telle ingérence.

De retour aux Etats-Unis le président a dû revenir sur ses propos et reconnaitre qu’il acceptait les conclusions de ses agences de renseignement, tout en soulignant que d’autres personnes pouvaient être mêlées à cette affaire.

En revanche, il n’a pas démenti ses propos « blâmant la bêtise et la stupidité étatsunienne dans la détérioration des relations entre les deux pays », depuis notamment  les événements d’Ukraine en 2014.  Ce qui correspond en grande partie à la réalité.

De fait, même si les autorités russes ont toujours montré leur préférence pour une présidence Trump, il n’en demeure pas moins qu’il n’a pas été démontré à ce jour, ni ne le sera probablement jamais, « l’efficacité » de l’ingérence russe dans l’élection présidentielle des Etats-Unis. Nous considérons que la faiblesse des moyens russes mis en œuvre n’aura  pu,  ni altérer les résultats ni changer le cours de l’élection.

Ainsi, par exemple, Donald Trump a affirmé maintes fois sa misogynie durant sa campagne électorale. Or 42% des femmes ont voté pour lui.   De même, tout en qualifiant les hispaniques, et en particulier les mexicains, de voleurs et de violeurs, cette communauté a voté à 35% pour le candidat républicain. Et tout en négligeant totalement le vote des afro-américains, 12% ont voté Trump. Les électeurs ont donc voté en connaissance de cause !

Enfin, c’est surtout le système électoral d’élection indirecte qui a permis l’élection du candidat républicain, si décrié, alors que c’est la candidate démocrate, Hilary Clinton, qui a gagné le vote populaire. Après le précédent Bush-Gore en 2000, le refus de changer le système électoral a constitué le véritable piège… qui s’est refermé sur Washington en 2016.

Ceci est d’autant plus vrai que les moyens mis en œuvre par la Russie pour influencer  la situation intérieure de pays étrangers restent dérisoires par rapport à ceux des Etats-Unis. Depuis 1945, ces derniers sont intervenus  directement au moins 50 fois dans les élections d’autres Etats.  Dès 1948, lors des élections législatives en Italie,  les Etats-Unis ont pris en charge la campagne électorale des partis d’opposition afin d’empêcher l’arrivée des communistes au pouvoir… jusqu’au renversement du président Yanoukovitch en Ukraine en 2014.

Pour les Etats-Unis leurs interventions extraterritoriales  sont justifiées car elles ont pour objectif d’apporter la démocratie. En revanche les interventions russes, quant à elles, auraient pour objet de saper l’ordre démocratique et libéral. De fait, depuis 1945, les Etats-Unis se sont souvent ingérés, sous couvert de la démocratie, dans les affaires des autres Etats, mais afin d’étendre leur influence (Tchécoslovaquie 1990 ; Russie, 1996 ; Yougoslavie, 2000 ; Géorgie, 2003 ; Ukraine, 2004 et 2013-2014, pour les cas les plus récents).

Mais, on constate que Washington a aussi soutenu ou aidé à mettre en place, au gré de ses intérêts,  un grand nombre de dictateurs comme au Guatemala (1954), au Brésil (1964), en Indonésie (1965-1966), en Grèce (1967), au Chili (1973), souvent en remplacement de pouvoirs démocratiquement élus.  Dans ces cas là, les Etats-Unis ont donc bien porté atteinte à l’ordre démocratique…ce qui constitue leur principale critique portée aujourd’hui à la Russie !

Finalement, Washington reproche à Moscou la mise en œuvre de méthodes qui lui sont propres,  comme les tentatives d’influer sur le résultat d’une élection. Dans la psychologie étatsunienne, où domine toujours l’idée d’exceptionnalisme (American exceptionalism), il est inconcevable qu’un pays tiers, et a fortiori la Russie, le  meilleur ennemi, tente de peser, même symboliquement,  sur le vote de ses concitoyens. Ce qui explique le très haut degré d’hystérie et de russophobie présent dans le microcosme politique étatsunien, jamais atteint auparavant ni même pendant la guerre froide.

Il est donc grand temps pour la classe politique d’outre atlantique de méditer la célèbre maxime du Général de Gaulle : « Les États n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts ». Ce qui vaut pour les Etats-Unis vaut aussi pour la Fédération de Russie, et pour tous les autres Etats souverains…

Notes

Le titre original de cette contribution est : Relations Etats-Unis-Russie : l’hystérie continue.