Gilets jaunes : la « brutalité » d’Emmanuel Macron inquiète de plus en plus les Français



« Le président de la République et son gouvernement devront un jour être jugés pour leur répression contre le mouvement des Gilets Jaunes et contre de simples citoyens, » lit-on ci et là, et de plus en plus. Cette hypothèse résumée en une phrase unique et lourde de conséquences conquiert progressivement les esprits et tend à montrer que la situation générale est d’une particulière gravité.

Un tel développement n’est pas anodin considérant la chronologie des troubles qui émaillent la République depuis au moins onze semaines. Les sondages montrent une embellie dont La République En Marche (LREM) aurait tort de se réjouir car les données en provenance directe du terrain – qu’il soit virtuel ou réel – restent négatives.

D’abord, l’embellie ne provient pas d’une adhésion accrue à la politique menée par le gouvernement d’Emmanuel Macron mais résulte du souhait que la violence et les débordements ne prennent pas une ampleur démesurée qui menacerait la République. Cette inquiétude particulièrement palpable souligne l’attachement des Français, de toute opinion politique, aux institutions – dont le bicamérisme de contrôle avec le Sénat – mais ne saurait en aucun cas être assimilée à quelque soutien à la personne d’Emmanuel Macron.

En effet, surtout chez les citoyens de plus de 50 ans, c’est la fonction de Président de la République et de garant des institutions qui est ici plébiscitée, sans considération aucune de qui l’incarne.

Ensuite, les racines de la crise « gilets jaunes » sont autrement plus profondes que ne l’évalue l’autorité publique. Outre qu’elle vient de loin dans le temps, elle a eu le temps d’exposer à la masse critique de la population nationale non seulement les incohérences d’une société française perçue comme gravement en déclin mais aussi et surtout de souligner le décalage désormais immense entre le « peuple » et les « élites » qui, au motif d’un « grand débat national », interdisent toute discussion sur deux sujets pourtant perçus comme prioritaires par 80% des Français à savoir l’immigration et l’Europe.

Enfin, la multiplication des images choc de violence et de « gueules cassées » concernant de simples manifestants parfois aussi inoffensifs que des femmes âgées de 70 ans produit un effet hautement délétère parmi la population. Sans pour autant verser dans l’amalgame concernant les forces de l’ordre dans leur ensemble – plutôt le contraire dans les faits – il semble que les Français s’inquiètent de plus en plus vivement de la conjonction d’un Emmanuel Macron qui n’en ferait qu’à sa tête et de quelques éléments de forces non plus de l’ordre mais aux ordres d’un pouvoir politique de plus en plus perçu comme aux abois et donc comme « potentiellement dangereux ».

En conclusion, Emmanuel Macron l’ignore probablement encore mais une majorité de Français pourrait bien ne jamais lui pardonner ce qui est actuellement vécue comme une répression digne « des heures les plus sombres de notre histoire » et qui n’aurait, selon eux, guère à envier aux régimes les plus autoritaires.

Si une majorité des Français soutient encore les gilets jaunes à cette heure, ce n’est pas pour adouber sa frange minoritaire et violente mais – entre autres choses – parce qu’elle s’inquiète de ce qu’elle considère comme de la « brutalité » de la part d’un gouvernement présumé « en roue libre ». Ce que l’opinion publique ne pardonnera pas aujourd’hui pourrait donc bien être jugé demain en justice et il faudrait un miracle pour qu’Emmanuel Macron sorte indemne des graves circonstances qui animent son mandat présidentiel et dont l’élection en 2017 – ceci est fondamental – est souvent perçue à tort ou à raison comme « illégitime ».

Animer un débat national est une chose, comprendre l’état psychologique de la masse critique des citoyens et ses effets potentiels à long terme est autrement plus difficile. Tout emploi potentiellement excessif de la violence par le gouvernement contre sa population s’inscrit dans une mémoire collective dont les effets pourraient s’avérer dévastateurs pour le pouvoir en place. Aujourd’hui comme dans vingt ans, et sans prescription légale.

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Macron et Merkel hués et humiliés à Aix-la-Chapelle, un signe inquiétant



Le dispositif de sécurité exceptionnel et l’opération médiatique n’auront pas empêché les images extrêmement humiliantes d’Emmanuel Macron et d’Angela Merkel réunis à Aix-la-Chapelle pour signer un nouveau traité franco-allemand.

C’est en effet sous des huées importantes (1) et couvrant totalement les quelques applaudissements épars que les deux dirigeants européens ont salué une foule résolument hostile et portant des panneaux disant « Merkel muss weg » (« Merkel doit partir ») et « Macron démission ».

On pourrait considérer qu’un tel déferlement de mécontentement est un fait anodin tant le décalage entre les gouvernants et les peuples est grand, mais il souligne en fait la gravité d’une situation qui se détériore à mesure que les semaines passent et que s’approchent les élections européennes 2019.

Les embellies enregistrées dans les sondages paraissent ainsi passagères et les promesses « d’écoute » et de « compréhension » mèneront droit à la catastrophe générale si elles ne sont pas immédiatement et efficacement suivies d’effet.

Que les deux plus importants dirigeants européens soient hués de la sorte en dépit d’un quadrillage digne d’un G8 dans une ville pourtant calme comme Aix-la-Chapelle est un message inquiétant adressé aux « élites » qui n’impressionnent plus guère les « peuples » et dont une partie explique sur les réseaux sociaux que leur « pouvoir » ne tient qu’au maigre soutien des forces de l’ordre et des Armées.

Après la petite éclaircie, la grosse tempête ?

Notes

Gilets jaunes : la faiblesse du gouvernement confine à l’encouragement



Après l’acte VIII des Gilets jaunes, nombre de commentateurs et hommes politiques semblent surpris par la violence dans les manifestations, et/ou des actes qui visent à attaquer la République institutionnellement. Quelle naïveté, depuis le début des actions violentes ont été commises, sans parler des accidents – provoqués par des barrages sur les routes – qui  ont fait 10 morts !

Ce bilan est dramatique, et l’Etat a attendu, gentiment, 8 semaines pour que les organisateurs déposent enfin des demandes de manifestation en préfecture. La faiblesse insigne de ce gouvernement constitue pour les plus durs, et autres casseurs, un encouragement ; même si on ne sait plus quelles sont leurs autres revendications, outre celles qui ont déjà été satisfaites.

Autre signe inquiétant, voire de radicalisation, la présence de nombreuses femmes, plutôt jeunes, parmi les manifestants – en plus, elles chantent à la gloire des Gilets jaunes, et viennent de défiler seules, coiffées de bonnets phrygiens.

Les députés de La République En Marche (LREM) insistent constamment sur l’importance du “grand débat national” à venir, et dont le président de la République va bientôt nous en fixer le cadre. La ficelle est un peu grosse : tout le monde a bien compris que les conclusions pourront être reprises lors d’un référendum, lié aux élections européennes, et comportant plusieurs questions.

Le plus probable est qu’il ne sortira rien dudit référendum, et que les électeurs pourraient fortement bouder les urnes. Une autre solution serait de créer, au plus vite, une Assemblée constituante pour proposer une VIème République, tant l’actuelle est à bout de souffle après 24 modifications, la 15ème ayant été la plus néfaste avec l’instauration du quinquennat. Celui-ci fait cohabiter deux majorités – présidentielle et parlementaire – issues du même corps électoral, dans le même cadre espace/temps.

Le résultat provoque une paralysie de fait de l’exécutif : il est possible de changer une fois le Premier ministre, et très risqué de dissoudre l’Assemblée nationale. Cette nouvelle Constitution – comprenant des propositions issues du grand débat – pourrait  être soumise à référendum, avec les Européennes, fin mai 2019. Le général de Gaulle avait réussi à le faire en 1958, 4 mois après son retour au pouvoir !

P.S. : Pour mémoire, les médias – avec les chaînes d’infos en continu – ont fait preuve d’une grande complaisance avec les prétendus représentants des Gilets jaunes ; et d’aucune tolérance sur d’éventuelles bavures policières : c’est ce qu’on appelle l’objectivité dans les débats.

Le titre de cette contribution a été choisi par Le Politique en fonction de son contenu et non par son auteur.