Emmanuel Macron et LREM sont au pouvoir mais populairement minoritaires



On semble l’avoir oublié mais l’élection présidentielle 2017, qu’Emmanuel Macron aurait lui-même qualifié d’effraction, est au fondement de la crise de confiance qui poursuit inlassablement La République En Marche (LREM).

Majoritaire absolument à l’Assemblée nationale, LREM souffre depuis sa victoire – avec une minorité des inscrits sur les listes électorales – d’une faiblesse fondamentale qui nourrit la défiance voire l’acrimonie inédite qu’expriment de nombreux Français et d’une accusation d’illégitimité qui amplifie le rejet de la politique « traditionnelle » et donc les radicalités.

A l’image d’Emmanuel Macron défilant, entouré d’un dispositif de sécurité significatif, seul et saluant une foule inexistante le 8 mai 2019 sur les Champs-Elysées, le président de la République et son parti LREM existent notamment par l’habile exploitation des institutions politiques et du mode de scrutin qui permet à une minorité d’exercer une majorité absolue.

En grande partie, cette incongruité d’une nation qui constitue un pilier du monde libre et démocratique résulte des différences apparemment insurmontables entre les deux « droites », celle des Républicains (LR) et celle du Rassemblement National (RN), qui pourtant d’un point de vue arithmétique balaieraient aisément toute prétention de LREM de demeurer au pouvoir.

Sans entrer dans les sensibles débats qui animent l’idée au long cours d’une alliance des droites, force est de constater qu’Emmanuel Macron danse quelque peu sur un volcan dont il n’est de facto pas en mesure de contrôler les éruptions. Au jeu dangereux du moi ou le fascisme, et considérant l’usage concret de notre système politique par une minorité l’exploitant comme une majorité, Emmanuel Macron pourrait bien paver la voie aux « nationalistes » qu’il affirme combattre.

En se fixant comme objectif des élections européennes 2019 de battre le RN, « Jupiter » perd un peu plus de sa stature présidentielle et renforce le camp des 77% des Français qui ne lui font pas confiance. A trop tirer sur la corde Républicaine, elle pourrait bien lâcher et la force d’attraction se retourner contre ceux qui la tenaient. Ce qui a marché pour l’un hier peut aussi fonctionner pour l’autre demain.

Comme Wauquiez, beaucoup déplorent les « petites corrections » de Macron



Emmanuel Macron « ne préside pas une start-up nation, il préside un peuple qui a une identité et des racines » a rappelé Bruno Retailleau, président du groupe Les Républicains (LR) au Sénat, alors que le président de la République souhaite lancer un concours international d’architecture pour la reconstruction de la cathédrale Notre-Dame de Paris.

Les mots du sénateur de Vendée ont d’une certaine façon anticipé sur la longue conférence de presse présidentielle présentée comme une restitution du « Grand Débat » ayant suivi le vaste mouvement des Gilets jaunes.

Hormis un certain art oratoire reconnu même par ses adversaires les plus tenaces, Emmanuel Macron semble finalement n’avoir pas suffisamment répondu aux attentes d’une majorité des Français qui considère qu’il n’a pas compris ses préoccupations majeures à savoir l’immigration massive, le communautarisme islamiste, l’insécurité croissante et la précarité économique et sociale.

A l’instar de Laurent Wauquiez, président de LR, qui parle de « petites corrections », beaucoup ont le sentiment que la conférence de presse élyséenne visait principalement à « gérer le temps » afin que La République En Marche (LREM), manifestement en perte de vitesse, ne soit pas trop distancée aux élections européennes par le Rassemblement National (RN) de Marine Le Pen.

Même chez quelques fidèles de LREM pointe désormais quelque déception concernant une véritable « disruption » qui paraît finalement impossible alors qu’ils espéraient que « Jupiter » prenne tout le monde à revers et lance enfin la « Révolution » progressiste qu’il souhaitait dans son livre-programme de 2016.

En effet, selon les informations disponibles, LREM perdrait actuellement en intentions de vote parmi ses propres électeurs plutôt que chez ceux qui ont exprimé un temps le souhait de voter pour la majorité présidentielle.

Malgré le Grand Débat, Macron peine à réduire le mécontentement populaire



Le mouvement des « Gilets jaunes » dont Le Politique avait identifié les prémisses dès l’été 2018 et dont l’acte I se joua dans les rues en novembre n’est certes plus celui des débuts, désormais abîmé par la participation contestée de l’extrême gauche accompagnée de violents débordements.

Si ces derniers sont très massivement rejetés par les Français, et quand bien même aurait-on l’impression comptable depuis la place Beauvau que le mouvement des gilets jaunes s’essouffle, l’ambiance générale sur le territoire national n’a semble-t-elle pas été fondamentalement modifiée par le « Grand Débat ».

En effet, seule une faible minorité d’à peine 5% à 7% estime que les discussions « populaires » entre la majorité En Marche (LREM) et le « peuple » ont été bénéfiques et qu’elles déboucheront sur une nette amélioration et une meilleure compréhension. Pris dans l’autre sens, ce seraient donc 93% à 95% des Français qui n’auraient pas été convaincus par le « Grand Débat » et chez une part significative d’entre eux, le mécontentement paraît aussi vif qu’à l’été dernier lorsque Le Politique anticipait la formation d’une profonde lame de contestation.

Entres autres éléments de contexte, les derniers déplacements d’Emmanuel Macron en région ont été relativement difficiles et ont requis la mobilisation de moyens rarement aussi significatifs pour sécuriser la venue d’un Président de la République au cœur d’un pays qu’il a pourtant la haute fonction de représenter.

En Bretagne où Emmanuel Macron s’est déplacé pour animer l’un des derniers « Grands Débats », l’ambiance constatée et les critiques exprimées à l’encontre de l’exécutif ont rappelé celles d’avant l’apparition des gilets jaunes sur la scène publique.

En somme et en dépit de la volonté louable de mieux comprendre les raisons du mécontentement, Emmanuel Macron ne bénéficie pas d’une meilleure appréciation populaire et son capital sympathie semble inchangé. Outre l’échec apparent donc – mais que seuls les prochains mois confirmeront ou infirmeront – il pourrait s’avérer erroné d’estimer que la contestation est terminée.

Selon les données disponibles et de notre point de vue, les sous-jacents de la crise politique existent toujours et l’acrimonie générale n’a que peu baissé ; les élections européennes pourraient donc n’être qu’une pause avant de potentielles nouvelles complications.