Retailleau prévient Macron : « On ne se laissera pas intimider »



La « méthode » du président de la République Emmanuel Macron qui annonce une « réforme » par jour ou presque au point d’en devenir inaudible ne fait pas l’unanimité.

Après Bernard Carayon, maire de Lavaur et député pendant 15 ans, qui décrit Emmanuel Macron comme « la vraie brutalité », c’est au tour de Bruno Retailleau, président du groupe Les Républicains (LR) au Sénat, de s’attaquer « à la curieuse conception de la démocratie » de « Jupiter » et de ses camarades.

« Pas de débat chez La République En Marche (LREM) » avait intimé Christophe Castaner à ses troupes, rappelle Bruno Retailleau dans un communiqué et qui estime que « toute opinion différente est considérée par (Castaner) comme une agression. » Face au rouleau-compresseur LREM, tout débat démocratique et Républicain semble en effet défendu.

C’est pourquoi Bruno Retailleau a insisté sur le fait que « l’opposition ne se laissera pas museler par la volonté de toute puissance d’Emmanuel Macron (et) ne se laissera pas intimider. »

Précision

Rappelons que pendant la campagne présidentielle 2017, Le Politique avait reçu des injonctions directes de la part de LREM pour retirer des articles qui ne « plaisaient pas » au motif qu’ils « posaient des questions. » Suite à notre refus, nous fûmes la cible d’une campagne médiatique indigne d’une démocratie. Jamais aucun autre parti politique, de droite comme de gauche, ne s’est permis l’once d’un tel comportement avec nous.

Bernard Carayon dénonce la « brutalité » d’Emmanuel Macron



L’élection de Laurent Wauquiez à la présidence des Républicains (LR) en décembre dernier n’a certainement pas éteint tous les feux de la division entre les « ténors » mais elle a sonné le début d’une nouvelle dynamique politique, surtout parmi les militants et les sympathisants.

Après la dépression consécutive aux défaites de la présidentielle et des législatives, le traitement Wauquiez semble déjà avoir quelque effet sur cette grande droite, malade d’être majoritaire dans les idées mais privée d’alternance au sommet.

Parmi les avocats de « la droite de retour » trouve-t-on Bernard Carayon, maire de Lavaur et ancien député UMP pendant quinze ans qui, dans une interview accordée à Le Politique, exprime sa confiance en la capacité de Laurent Wauquiez d’insuffler la « rupture avec le système » et dénonce « la vraie brutalité » d’Emmanuel Macron.

Les « bien-pensants se sont effarouchés avec beaucoup d’hypocrisie des propos libres d’un homme libre, » dit-il concernant Laurent Wauquiez.

Quant à Emmanuel Macron, « il traite par le mépris les Français des couches populaires, » explique Bernard Carayon, également maître de conférences à Sciences Po, qui précise que la « vraie brutalité » consiste à « assommer de nouveaux impôts et de nouvelles charges ceux qui ont été déjà étrillés sous François Hollande alors qu’on allège l’ISF pour les plus riches. »

De ces mots déduit-on que la météo est de moins en moins clémente sur Terre pour Jupiter.

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Bernard Carayon : « La vraie brutalité c’est Emmanuel Macron, président des bien-pensants »



Bernard Carayon est avocat, maître de conférences à Sciences Po, maire de Lavaur (81500) et a été député (UMP) de la 4ème circonscription du Tarn pendant 15 ans (1993-1997, 2002-2012). Connu pour son activisme parlementaire et académique en matière d’intelligence économique (IE) et de patriotisme économique, Bernard Carayon a notamment présidé la commission Mondialisation de l’UMP en 2006.

Très impliqué dans la vie des Républicains (LR), il a activement soutenu Laurent Wauquiez pour son élection à la présidence du parti en décembre 2017. Dénonçant les « renoncements » de la « bien-pensance », Bernard Carayon estime que Laurent Wauquiez « est l’homme de la rupture » avec le système et pourfend ces « grands-prêtres » médiatiques qui pratiquent « l’ostracisme. »

Rappelant qu’Emmanuel Macron a lui-même qualifié son élection « d’effraction », le maire de Lavaur dénonce le mépris et la brutalité du chef de l’Etat quand il assomme de nouveaux impôts ceux « déjà étrillés sous François Hollande. » Quant à la problématique régalienne – et vitale – de notre intelligence économique nationale, Bernard Carayon déplore qu’une pensée stratégique n’y préside pas à la tête de l’Etat.

Avec un ton direct qui rappelle en effet celui de Laurent Wauquiez, Bernard Carayon a répondu ci-dessous à trois questions de Le Politique :

Interview

Questions posées à Bernard Carayon par Charles Rault pour Le Politique.

1) En décembre dernier, Laurent Wauquiez a été élu président des Républicains (LR) avec 74% des voix. Depuis, ce dernier a été très critiqué tant pour la composition de son équipe dirigeante que pour ses propos enregistrés à son insu lors d’un cours donné à l’EM Lyon. Certains l’accusent « d’enfermer la droite » tandis que de nombreux militants paraissent plébisciter sa « parole libérée. » Comment analysez-vous ces trois premiers mois de présidence de Laurent Wauquiez et la vive critique, très médiatique, dont il est la cible ?

Laurent Wauquiez est l’homme de la rupture avec ce que l’on appelle le « système », c’est à dire le discours bien-pensant et l’habitude des réformes « à la marge » qui solidarisent une partie de la gauche et de la droite françaises depuis des dizaines d’années. Une bien-pensance qui a ses mots, ses renoncements, ses cécités, notamment sur l’immigration, ses totems et ses tabous, ses excommunications prononcées par ses grands-prêtres politiques, artistiques et médiatiques. Ceux qui ne cessent de prôner la tolérance, mais qui avec un cynisme extraordinaire pratiquent l’ostracisme à l’égard de ceux qui ne pensent pas comme eux. Les mêmes qui n’ont jamais abordé avec courage, sauf Sarkozy au moins jusqu’à la crise de 2008 / 2010, les problèmes de la France et de son peuple.

Laurent Wauquiez dérange ces gens-là : ils ont été estomaqués par son élection et se sont effarouchés avec beaucoup d’hypocrisie des propos libres d’un homme libre.  La vraie brutalité, c’est celle d’Emmanuel Macron quand il traite par le mépris les Français des couches populaires ! La vraie brutalité, c’est d’assommer de nouveaux impôts et de nouvelles charges ceux qui ont été déjà étrillés sous Hollande alors qu’on allège l’ISF pour les plus riches. Au début de sa campagne pour la présidence des Républicains, je lui ai dit qu’il n’aurait d’abord avec lui que « les pêcheurs de l’île de Sein », par allusion aux premiers résistants de 1940 ! Les bonnes âmes retrouvent toujours le courage et le bon sens quand la victoire s’annonce !

2) Tout semblait bien commencer pour Emmanuel Macron, certes bien épaulé par une « Macronmania » médiatique sans fin. Mais depuis janvier, sa popularité a dégringolé tandis que les Français découvraient la hausse sensible des prix de l’essence et du diesel ou celle de la CSG pour les retraités. Pourtant, dans ce contexte, son parti En Marche s’enorgueillit d’une « hausse du pouvoir d’achat. » Que pensez-vous des débuts d’Emmanuel Macron à l’Elysée et comprenez-vous la déception voire la colère qui semblent animer de nombreux concitoyens ?

Emmanuel Macron a lui-même qualifié son élection d’« effraction ». Le mot est juste. Il a été élu par une conjonction invraisemblable de chances : un PS qui choisit le pire candidat, un FN sans talent, un Mélenchon en verve qui rassemble au-delà de l’extrême-gauche, et « l’affaire Fillon », produit de ses vulnérabilités, de l’instrumentalisation de la Justice et la complicité des médias. Un an après, les yeux s’ouvrent : Emmanuel Macron ne s’attaque pas aux problèmes de fond.

Rien sur le temps de travail, matraquage fiscal et social sur les plus modestes quand l’ISF est allégé – une sorte de remboursement de la dette contractée auprès des élites financières qui se sont mobilisées pour lui – rien sur la protection de nos entreprises face à la guerre économique, rien sur l’Europe ouverte à tous les mauvais vents de la mondialisation, rien sur la baisse de la dépense publique et la réforme de l’État, rien sur l’islamisme qui gangrène les cités, les prisons et même certains territoires ruraux, rien non plus sur le rétablissement de l’autorité de l’État. Emmanuel Macron fait la politique des bien-heureux et des bien-pensants. Wauquiez, lui, va et parle au peuple. C’est toute la différence.

3) Député pendant 15 ans, vous avez encouragé la construction d’une politique publique d’intelligence économique (IE) associée au patriotisme économique et sur lequel vous avez publié un livre au titre éponyme. Depuis, quel bilan dressez-vous de la situation de la France en matière d’IE et sommes-nous suffisamment armés face à une concurrence internationale de plus en plus intense ? Que pensez-vous de l’incertitude portant sur la vente de Rafales à l’Egypte pour cause de veto américain sur l’export de certaines technologies balistiques ?

L’intelligence économique est, hélas, restée une politique menée par des chefs de bureau et non par le chef de l’État, une politique administrative et non une politique publique répondant aux risques et aux opportunités de la mondialisation. Il n’y a pas de pensée stratégique au sommet de l’État et au gouvernement face à la guerre économique.  Et nous ne cessons d’en payer les conséquences à travers le rachat de nos entreprises, notre perte d’influence dans les organisations internationales, l’accentuation de nos dépendances stratégiques et diplomatiques. L’élection européenne sera l’occasion de reparler de ces sujets et de définir le contenu et les contours d’une « autre Europe ».