Le retour de l’affaire Benalla fragilise un peu plus Emmanuel Macron



Le nouvel an 2019 aurait pu être l’occasion de repartir sur de meilleures bases après une période difficile et excessivement acrimonieuse en 2018. Malheureusement, si l’on prend en compte les réactions observées ci et là dans l’opinion publique, le renouvellement de l’affaire Alexandre Benalla et le « flop » de l’intervention télévisée du 31 décembre au soir n’augurent pas une évolution positive, du moins dans l’immédiat.

La volte-face du président Emmanuel Macron reconnaissant n’avoir eu que deux échanges « laconiques » avec son ancien conseiller – ou « bagagiste » selon le ministre de l’intérieur Christophe Castaner – après le dernier démenti par l’Elysée de toute communication depuis le pic de l’affaire rappelle quelque peu le désastre estival qui avait propulsé le scandale.

Aiguisant la curiosité légitime du Sénat, ce dernier s’active encore plus après la révélation selon laquelle les deux passeports diplomatiques de M. Benalla rendus à l’Elysée ne l’étaient en fait pas du tout, de même concernant la coupe du monde de football que ce dernier est présumé avoir transporté à sa guise durant plusieurs jours pour la montrer à ses amis.

De toute cette affaire d’Etat, car c’est bien de cela qu’il s’agit considérant les questions qu’elle soulève, l’opinion publique en retient une certaine cacophonie au sommet qui tranche avec la rigueur exigée à elle-même – voire aussi avec la sévérité appliquée au mouvement des gilets jaunes. A mesure qu’Alexandre Benalla s’exprime, Emmanuel Macron perd en crédit, un crédit qui lui est pourtant indispensable et désormais bien entamé pour affronter les épreuves de son futur politique proche.

L’impression que l’Elysée est un moulin avec lequel un ancien « collaborateur » peut manifestement tout se permettre montre un Emmanuel Macron souvent sévère avec les Français mais manifestement moins capable de se faire respecter de son entourage.

« Votre Altesse, Mon Chéri » ou quand Michel Onfray répond à Emmanuel Macron



S’il y a bien quelque chose que le président de la République Emmanuel Macron ne comprend pas, c’est que ce n’est pas en déversant un maximum de kérosène sur les flammes d’un incendie qu’on l’éteint. Ainsi Le Politique pour avoir osé s’interroger sur la cohérence du programme présidentiel d’En Marche au printemps 2017 s’était retrouvé vilipendé dans les médias et ciblé afin d’être « éteint ».

De même pour les retraités à qui intimer de cesser de se plaindre va tout simplement les envoyer en masse dans les urnes afin de se venger de l’affront perpétuel d’Emmanuel Macron. De même donc aussi du philosophe Michel Onfray dont on ne peut absolument pas douter de l’engagement contre le « populisme » et qui, parce qu’il possède quelque honnêteté intellectuelle et quelque indépendance d’esprit, se voit censuré du service public – en l’occurrence France Culture – au simple motif d’avoir déplu à « Jupiter ».

On peut bien sûr être en désaccord avec Michel Onfray sur bien des sujets mais il appartient à ce dernier carré d’intellectuels véritables qui suscite l’utile réflexion et le productif doute ; et sans lequel toute vie proprement intellectuelle aurait disparu de la surface de la France. Malheureusement, ce dernier carré vit sous le feu roulant d’une « majorité » présidentielle qui à l’occasion d’une entrée « par effraction » a pris tous les pouvoirs ou presque dans un pays au bord de l’affrontement sévère entre une minorité de mal-nommés « progressistes » d’un côté et une majorité de présumés affreux et fourre-tout « populistes » d’un autre.

Parce que la censure atteint des niveaux gravissimes, parce que le service audiovisuel public n’est plus qu’une longue propagande au service exclusif de la classe qui s’estime dominante, parce que le débat d’idées a été assassiné, Michel Onfray s’est fendu d’une longue lettre dont les mots ne manqueront pas de choquer, de lui valoir quelque adversité renouvelée et de montrer à quel point monte la colère puisque celle qu’exprime Michel Onfray est partagée par de très nombreux Français de toute opinion politique mais profondément attachés à la République et aux Libertés fondamentales.

S’adressant d’un « Manu » tutoyé à Emmanuel Macron, Michel Onfray écrit que « depuis quelque temps, tu montres en effet que, toi ou tes services, vous n’avez pas grand souci de la légalité » dans une lettre explosive à lire en intégralité via ce lien.

Gérard Collomb quitte Emmanuel Macron, inquiet de ses dérives et de son comportement ?



Au final et malgré des résultats discutables dans la lutte contre l’insécurité qui croît à grande vitesse, le désormais ex-ministre de l’intérieur Gérard Collomb aura peut-être fait preuve de lucidité au même titre que son collègue Nicolas Hulot parti trop tôt.

Démissionnaire du gouvernement pour « conserver » le bastion électoral de Lyon – d’ailleurs vital pour la « majorité » présidentielle, Gérard Collomb était le mieux placé pour prendre la mesure du désastre populaire et électoral qui se prépare contre Emmanuel Macron.

Elu de justesse à l’issue d’une propagande médiatique intense et d’une destruction organisée du candidat François Fillon, le jeune Emmanuel Macron qui n’avait jamais exercé quelque mandat électif auparavant est désormais le président de la République le plus impopulaire de l’Histoire avec des scores de popularité déjà inférieurs à ceux de son prédécesseur et mentor François Hollande.

Gérard Collomb, en bon connaisseur de la géographie politique du pays, aurait donc compris qu’Emmanuel Macron et sa majorité ne sont déjà plus qu’un souvenir amer dans les esprits et les cœurs populaires.

Aussi, le comportement erratique du président de la République à l’occasion de sa visite à Saint-Martin où il s’est affiché en compagnie de deux individus « très défavorablement connus » des services de police, torse-nus et arborant des gestes obscènes, aurait fini de convaincre Gérard Collomb que la situation n’est plus tenable.

Pire, même au cœur de la majorité « Macron-compatible », Emmanuel Macron suscite l’inquiétude et fait poser jusqu’à certains de ses « meilleurs » soutiens la question de savoir « mais qui a-t-on vraiment élu ? »

La crise qui oppose Emmanuel Macron et Gérard Collomb ne paraît donc pas strictement cantonnée à la politique mais semble s’étendre aussi à un comportement et à un mode de gouvernance inhabituels au plus haut niveau de l’Etat, révélés en partie par l’affaire Benalla.

Pour d’autres toutefois plus critiques envers l’ex-ministre de l’intérieur, Gérard Collomb quitte le navire pour voguer vers ses ambitions personnelles.