La CIA s’intéresse-t-elle au Front National (FN) et à Marine Le Pen?



Le journal français Le Canard enchaîné a publié copie d’une lettre présumée de Michael R. Turner, parlementaire américain de l’Ohio et membre du Parti Républicain, qui demanderait à James Clapper, directeur national du renseignement (DNI) américain des précisions relatives au financement présumé du parti politique français Front National (FN) par la Russie. La révélation du Canard enchaîné n’en est en fait pas vraiment une puisque les informations de Le Politique publiées il y a bientôt deux ans identifiaient clairement l’intérêt des médias et des organes américains pour Marine Le Pen.

Selon Le Politique, la demande présumée de Mike Turner est toutefois significative considérant l’importance de l’élu américain. Un des deux seuls membres de la Chambre des représentants siégeant à la fois au comité parlementaire sur le renseignement et au sous-comité aux armées, Turner dispose d’habilitations très élevées et a présidé l’assemblée parlementaire de l’OTAN de 2014 à 2016. Probablement informé de la volonté du FN, dixit Marion Maréchal-Le Pen, de « réorganiser les alliances en faveur de la Russie » et donc au détriment de l’OTAN, Turner a certainement voulu s’informer sur l’étendue du soutien supposé du gouvernement russe au FN.

Activiste pro-OTAN, Turner s’intéresse naturellement à tout ce qui pourrait modifier l’équilibre des forces en Europe en faveur de la Russie. Considérant qu’en avance sur leurs homologues français, les organes américains ont estimé « possible » une victoire du FN à plus ou moins long terme, ils ont poursuivi à l’instar de Turner la mission habituelle dont est chargé le renseignement, à savoir collecter des informations de nature à modifier le contexte politique, économique et stratégique des Etats-Unis dans le monde.

Dans cet environnement, de par son poids diplomatique, sa superficie économique et sa haute technologie, la France est considérée comme un « game-changer » stratégique si elle venait à sortir de l’OTAN voire à s’allier avec la Russie, d’où l’intérêt plus systématique que spécifique des parlementaires américains pour le FN. Enfin, l’entrée en fonction de l’administration du nouveau président Donald Trump devrait augmenter sensiblement l’intérêt du gouvernement américain pour le FN, ce qui ne veut pas nécessairement dire qu’il sera négatif ou hostile – ce pourrait être plutôt le contraire.

Cependant, selon les informations de Le Politique, le point nodal de clarification vu de Washington concernerait la continuation (ou non) de l’alliance militaire de la France avec les Etats-Unis en cas d’entrée de Marine Le Pen à l’Elysée. Pour les organes américains, c’est une information (et un paramètre) de « très haute valeur, » d’où probablement la révélation opportune de la présumée lettre.

L’Europe doit absolument revenir au réalisme



Quand bien même l’on ne voudrait absolument pas être pessimiste, les faits font qu’il est tout simplement impossible de ne pas l’être. Au-delà des statistiques encourageantes, la réalité économique n’est pas suffisamment bonne huit ans après la crise financière de 2008 et cinq ans après la crise de la dette souveraine de 2011 pour espérer que l’Europe puisse survivre à tout nouveau développement négatif majeur.

La croissance économique est certes meilleure mais elle reste faible dans l’ensemble considérant les facteurs extérieurs favorables de ces deux dernières années : plein-emploi théorique aux Etats-Unis, baisse vertigineuse du prix du pétrole et de nombreuses autres matières premières, baisse de l’euro (EUR) face au dollar (USD).

La « nouvelle médiocre » semble durable en dépit de la politique monétaire ultra-accommodante de la BCE dont le coût important sera assumé par les prochaines générations. Le chômage a certes baissé dans l’ensemble mais il reste très élevé voire endémique surtout chez les jeunes dans des économies majeures de l’Europe comme la France, l’Italie et l’Espagne.

La crise migratoire s’amplifie et alors que des milliers d’entrées illégales de jeunes hommes non-européens – dont 87% ne fuient pas la guerre – compromettent le fragile équilibre européen, la Turquie menace d’envoyer plus de 3 millions de « migrants » supplémentaires vers l’Europe si elle n’obtient pas la libre-entrée sans visa de ses citoyens dans l’Union européenne (UE).

A cette impuissance profondément mal vécue par les citoyens européens exaspérés par ce qu’ils dénoncent comme l’immobilisme bruxellois s’ajoute la menace terroriste d’une magnitude inédite. Pire, le « populisme » menacerait la démocratie, mais plutôt que de prendre immédiatement des mesures élémentaires et de bon sens, les dirigeants européens poursuivent une politique dont les résultats sont un réel danger pour l’avenir de l’Europe contrairement à la colère légitime des citoyens.

Incapable de se défendre par elle-même, commercialement malmenée, authentique passoire sécuritaire et frontalière, l’Europe est un bateau à la dérive livré aux vents violents d’un rêve devenu cauchemar. Un si grand potentiel existe pourtant pour qu’elle redevienne demain le phare de la civilisation. L’Europe doit donc rompre avec l’idéalisme pour revenir au réalisme.

2017 sera une campagne présidentielle hors-limite



Nicolas Sarkozy hors-course. Alain Juppé hors-course. Et maintenant le président de la République en exercice François Hollande hors-course. Trois candidats qui comptaient il y a encore quelques jours parmi les favoris probables de la prochaine élection présidentielle française sont sortis prématurément de la course.

Les deux premiers ont été vaincus lors d’une primaire tandis que le troisième a préféré partir avant, estimant ses chances réduites à néant tant son bilan est contesté même dans son camp. Le fond bleu utilisé hier lors de l’intervention télévisée imprévue du président Hollande fut le seul véritable indicateur de ce que seront les cinq mois de campagne électorale à venir.

Les thèmes iront vers le bleu plutôt que vers le rose voire le rouge à savoir que les sujets de prédilection de la droite domineront le champ politique. Sécurité, immigration, identité seront plus forts que social, solidarité, fraternité. Ce bleu uni était aussi nu qu’est le théâtre d’opérations politiques à venir à savoir que les circonstances sont telles que tous ou presque ont leur chance, quand bien même François Fillon et Marine Le Pen seraient actuellement favoris.

Après qu’en seulement deux semaines tous les duels initiaux ont été invalidés, bien devin sera celui qui arrivera à prévoir les cinq prochains mois, soit dix fois plus longtemps qu’il n’en a fallu pour retirer Sarkozy, Juppé et Hollande de la liste. Considérant les récents développements, la sécurité nationale devrait revenir au premier plan de l’actualité politique, jetant encore un peu plus d’incertitude sur le choix final des électeurs au printemps 2017.