Bruno Retailleau : “L’Elysée ne peut prétendre incarner à lui seul l’édifice républicain !”



Intime de l’ancien premier ministre François Fillon, le sénateur Bruno Retailleau préside le groupe Les Républicains (LR) au Sénat depuis 2014 et le mouvement Force Républicaine. Ce dernier occupe un espace politique croissant dans une droite qui poursuit sa reconstruction un an après la « disruption » d’Emmanuel Macron.

Ces derniers temps, Bruno Retailleau s’est habilement imposé comme une personnalité incontournable de la droite française qui pose, avec franchise, des questions incisives sans pour autant susciter d’inimitié. Questions de fond et débat d’idées structurent une démarche que l’ancien président du Conseil régional des Pays de la Loire souhaite voir « contribuer au redressement de (sa) famille politique ».

En première ligne face à « l’hypnose » d’Emmanuel Macron sur le dossier sensible de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes (NDDL) comme sur la réforme constitutionnelle, Bruno Retailleau rappelle qu’il est ouvert à cette dernière à condition qu’elle n’abandonne pas les territoires.

Il dénonce aussi avec force la « violence qui fait reculer l’état de droit » et a récemment qualifié le prochain concert de Médine au Bataclan de « profanation ». Désormais plébiscité au-delà des électeurs de François Fillon dont il défend toujours le programme, Bruno Retailleau a répondu ci-dessous à trois questions de Le Politique :

Interview

Questions posées à Bruno Retailleau par Charles Rault pour Le Politique.

1) Le président du Sénat Gérard Larcher, vous-mêmes ainsi que vos collègues Les Républicains (LR) défendez avec vigueur les prérogatives du Sénat face à la réforme souhaitée par le président de la République Emmanuel Macron. De nombreux Français semblent avoir quelque difficulté à cerner les enjeux de votre combat, pouvez-vous en résumer les grandes lignes et nous dire pourquoi c’est important ?

Je voudrais tordre le cou à cette rumeur que font courir certains, sans doute pour mieux tordre le bras au Sénat : nous ne sommes pas opposés à cette réforme ! Non seulement, nous sommes ouverts et favorables à une modification de la Constitution, mais nous ne nous opposons ni à la réduction du nombre de députés et de sénateurs ni à la limitation dans le temps de leurs mandats. La question qu’il faut se poser, c’est pourquoi une réforme constitutionnelle ? S’il s’agit de mieux faire la loi la réponse est évidemment positive, mais nous demandons deux garanties : une garantie territoriale et une garantie démocratique.

La première garantie que nous défendons est territoriale. Près d’une quarantaine de départements, très majoritairement ruraux, ne disposeraient que d’un seul sénateur quand d’autres – urbains naturellement – en compteraient près de 10 fois plus !

Ce déséquilibre ne permettrait pas d’assurer une présence de proximité, renforçant par là le sentiment d’éloignement au sein de la « France des oubliés ». Le Sénat doit rester le représentant de tous les territoires et ne pas devenir une assemblée des métropoles.

La deuxième garantie que nous défendons est démocratique. Avec ce projet, l’exécutif commande et le législatif exécute : maîtrise quasi-totale de l’ordre du jour par le gouvernement, débats raccourcis, droit d’amendement affaibli, rôle du Sénat considérablement amoindri dans la navette parlementaire… Ce n’est pas notre conception de la Ve République : la présidence de la République doit naturellement rester la clé de voûte de nos institutions mais elle ne peut prétendre incarner à elle seule l’édifice républicain ! Le Sénat tend la main mais pour faire une véritable réforme constitutionnelle plutôt que de défaire l’équilibre sur lequel repose notre Constitution. Il est encore temps.

2) Les territoires ruraux sont les grands oubliés de la présidence Macron et Gérard Larcher a insisté sur le sujet en indiquant que « la question du nombre de parlementaires est liée à la représentation des territoires ». Comment la France périphérique et la France rurale peuvent-elles survivre au rouleau compresseur du « président des villes » dans un contexte de dotations d’Etat drastiquement réduites ?

Il y a une fracture territoriale et force est de constater qu’Emmanuel Macron ne fait que l’élargir en fragilisant tous ceux qui sur les territoires, notamment ruraux, se sentent délaissés voire déconsidérés par le nouveau pouvoir : les élus du quotidien à qui l’on enlève des ressources pour investir avec la fin de la taxe d’habitation, les automobilistes qui vont devoir rouler à 80km/h, les familles qui apprennent les fermetures de classes pour la rentrée prochaine, alors même qu’Emmanuel Macron avait promis de n’en fermer aucune !

Attention à ce qu’en diminuant le nombre de parlementaires après avoir diminué le nombre de régions et même de communes, l’on ne rétrécisse pas l’espace démocratique au détriment de la France périphérique. Moins de parlementaires pour les départements ruraux, c’est moins de poids au Parlement pour faire valoir leurs intérêts et leurs projets. Emmanuel Macron ne peut pas être le Président des seules métropoles !

3) Du terrorisme islamiste à la zone à défendre (ZAD) de Notre-Dame des Landes (NDDL), le gouvernement En Marche ne paraît plus maîtriser efficacement le territoire national. Selon vous, cela résulte-t-il d’un manque de moyens ou d’un manque de volonté politique ? Comment décririez-vous la situation qui prévaut aujourd’hui dans la ZAD et aux alentours ?

Depuis l’abandon de l’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, le gouvernement n’a avancé sur rien. En renonçant à ce projet confirmé pourtant par 175 décisions de justice, Emmanuel Macron a cru qu’il parviendrait à se débarrasser du problème de la ZAD. Il a troqué une paix sociale contre l’aéroport.

Cette stratégie a été un bien mauvais calcul et ce qui se passe aujourd’hui était prévisible. Il n’y a plus d’aéroport et les lieux sont toujours occupés. La violence a fait reculer l’État de droit. Comment alors demander à un délinquant de respecter la loi quand il voit que ceux qui la violent sont les vainqueurs. L’Etat devrait donner l’exemple et faire appliquer la loi partout et en tout lieu. Il ne peut pas y avoir d’exception.

Bernard Carayon : « La vraie brutalité c’est Emmanuel Macron, président des bien-pensants »



Bernard Carayon est avocat, maître de conférences à Sciences Po, maire de Lavaur (81500) et a été député (UMP) de la 4ème circonscription du Tarn pendant 15 ans (1993-1997, 2002-2012). Connu pour son activisme parlementaire et académique en matière d’intelligence économique (IE) et de patriotisme économique, Bernard Carayon a notamment présidé la commission Mondialisation de l’UMP en 2006.

Très impliqué dans la vie des Républicains (LR), il a activement soutenu Laurent Wauquiez pour son élection à la présidence du parti en décembre 2017. Dénonçant les « renoncements » de la « bien-pensance », Bernard Carayon estime que Laurent Wauquiez « est l’homme de la rupture » avec le système et pourfend ces « grands-prêtres » médiatiques qui pratiquent « l’ostracisme. »

Rappelant qu’Emmanuel Macron a lui-même qualifié son élection « d’effraction », le maire de Lavaur dénonce le mépris et la brutalité du chef de l’Etat quand il assomme de nouveaux impôts ceux « déjà étrillés sous François Hollande. » Quant à la problématique régalienne – et vitale – de notre intelligence économique nationale, Bernard Carayon déplore qu’une pensée stratégique n’y préside pas à la tête de l’Etat.

Avec un ton direct qui rappelle en effet celui de Laurent Wauquiez, Bernard Carayon a répondu ci-dessous à trois questions de Le Politique :

Interview

Questions posées à Bernard Carayon par Charles Rault pour Le Politique.

1) En décembre dernier, Laurent Wauquiez a été élu président des Républicains (LR) avec 74% des voix. Depuis, ce dernier a été très critiqué tant pour la composition de son équipe dirigeante que pour ses propos enregistrés à son insu lors d’un cours donné à l’EM Lyon. Certains l’accusent « d’enfermer la droite » tandis que de nombreux militants paraissent plébisciter sa « parole libérée. » Comment analysez-vous ces trois premiers mois de présidence de Laurent Wauquiez et la vive critique, très médiatique, dont il est la cible ?

Laurent Wauquiez est l’homme de la rupture avec ce que l’on appelle le « système », c’est à dire le discours bien-pensant et l’habitude des réformes « à la marge » qui solidarisent une partie de la gauche et de la droite françaises depuis des dizaines d’années. Une bien-pensance qui a ses mots, ses renoncements, ses cécités, notamment sur l’immigration, ses totems et ses tabous, ses excommunications prononcées par ses grands-prêtres politiques, artistiques et médiatiques. Ceux qui ne cessent de prôner la tolérance, mais qui avec un cynisme extraordinaire pratiquent l’ostracisme à l’égard de ceux qui ne pensent pas comme eux. Les mêmes qui n’ont jamais abordé avec courage, sauf Sarkozy au moins jusqu’à la crise de 2008 / 2010, les problèmes de la France et de son peuple.

Laurent Wauquiez dérange ces gens-là : ils ont été estomaqués par son élection et se sont effarouchés avec beaucoup d’hypocrisie des propos libres d’un homme libre.  La vraie brutalité, c’est celle d’Emmanuel Macron quand il traite par le mépris les Français des couches populaires ! La vraie brutalité, c’est d’assommer de nouveaux impôts et de nouvelles charges ceux qui ont été déjà étrillés sous Hollande alors qu’on allège l’ISF pour les plus riches. Au début de sa campagne pour la présidence des Républicains, je lui ai dit qu’il n’aurait d’abord avec lui que « les pêcheurs de l’île de Sein », par allusion aux premiers résistants de 1940 ! Les bonnes âmes retrouvent toujours le courage et le bon sens quand la victoire s’annonce !

2) Tout semblait bien commencer pour Emmanuel Macron, certes bien épaulé par une « Macronmania » médiatique sans fin. Mais depuis janvier, sa popularité a dégringolé tandis que les Français découvraient la hausse sensible des prix de l’essence et du diesel ou celle de la CSG pour les retraités. Pourtant, dans ce contexte, son parti En Marche s’enorgueillit d’une « hausse du pouvoir d’achat. » Que pensez-vous des débuts d’Emmanuel Macron à l’Elysée et comprenez-vous la déception voire la colère qui semblent animer de nombreux concitoyens ?

Emmanuel Macron a lui-même qualifié son élection d’« effraction ». Le mot est juste. Il a été élu par une conjonction invraisemblable de chances : un PS qui choisit le pire candidat, un FN sans talent, un Mélenchon en verve qui rassemble au-delà de l’extrême-gauche, et « l’affaire Fillon », produit de ses vulnérabilités, de l’instrumentalisation de la Justice et la complicité des médias. Un an après, les yeux s’ouvrent : Emmanuel Macron ne s’attaque pas aux problèmes de fond.

Rien sur le temps de travail, matraquage fiscal et social sur les plus modestes quand l’ISF est allégé – une sorte de remboursement de la dette contractée auprès des élites financières qui se sont mobilisées pour lui – rien sur la protection de nos entreprises face à la guerre économique, rien sur l’Europe ouverte à tous les mauvais vents de la mondialisation, rien sur la baisse de la dépense publique et la réforme de l’État, rien sur l’islamisme qui gangrène les cités, les prisons et même certains territoires ruraux, rien non plus sur le rétablissement de l’autorité de l’État. Emmanuel Macron fait la politique des bien-heureux et des bien-pensants. Wauquiez, lui, va et parle au peuple. C’est toute la différence.

3) Député pendant 15 ans, vous avez encouragé la construction d’une politique publique d’intelligence économique (IE) associée au patriotisme économique et sur lequel vous avez publié un livre au titre éponyme. Depuis, quel bilan dressez-vous de la situation de la France en matière d’IE et sommes-nous suffisamment armés face à une concurrence internationale de plus en plus intense ? Que pensez-vous de l’incertitude portant sur la vente de Rafales à l’Egypte pour cause de veto américain sur l’export de certaines technologies balistiques ?

L’intelligence économique est, hélas, restée une politique menée par des chefs de bureau et non par le chef de l’État, une politique administrative et non une politique publique répondant aux risques et aux opportunités de la mondialisation. Il n’y a pas de pensée stratégique au sommet de l’État et au gouvernement face à la guerre économique.  Et nous ne cessons d’en payer les conséquences à travers le rachat de nos entreprises, notre perte d’influence dans les organisations internationales, l’accentuation de nos dépendances stratégiques et diplomatiques. L’élection européenne sera l’occasion de reparler de ces sujets et de définir le contenu et les contours d’une « autre Europe ».

De Calan et Portelli, candidats à la présidence des Républicains (LR), interview exclusive



Voici une nouvelle interview écrite simultanée des candidats à la présidence des Républicains (LR) Maël de Calan et Florence Portelli, en l’absence regrettable de Laurent Wauquiez « qui n’était pas en mesure de répondre à cette interview » dixit son service de presse. Cependant, Le Politique avait déjà individuellement interviewé les trois candidats et dont vous trouverez les liens à la fin de cette page. Par souci d’impartialité a-t-on publié les réponses par ordre alphabétique du nom de famille.

Interview

Questions posées à Maël de Calan et Florence Portelli par Charles Rault pour Le Politique.

1) Après la défaite aux élections présidentielle et législative, le désarroi des électeurs Républicains (LR) est grand et l’amertume semble avoir pris le dessus sur l’optimisme. Pouvez-vous expliquer selon vous les raisons pour lesquelles la droite a perdu une élection souvent qualifiée « d’imperdable » ?

Maël de Calan : Nos électeurs se sont détournés d’une droite qui est devenue le fantôme d’elle-même à force de se rétrécir. Je vois trois raisons à cela. Nous avons d’abord commis l’erreur de couper les ponts avec nos alliés au terme d’une chasse aux sorcières suicidaire contre les centristes lors de la primaire, puis nous nous sommes coupés d’une partie de nos électeurs en étant excessifs sur beaucoup de sujets, et enfin nous nous sommes coupés des Français en défendant l’indéfendable sur le plan éthique et moral. Le résultat a été sans appel.

Les Français ont dit « non » à cette droite, préférant confier leur destin à un ancien conseiller et ministre de François Hollande qui, à défaut d’avoir un bilan ou un projet, a compris cette profonde aspiration au changement radical chez une large majorité de Français. L’adhésion à Macron est selon moi le dernier stade d’un mal plus profond dont souffre la droite et il me fait dire que la défaite que nous avons connue cette année vient de plus loin, elle ne peut avoir les affaires comme seule cause. Après la défaite de Nicolas Sarkozy en 2012, la droite n’a pas su se reconstruire dans l’opposition : à la guerre des chefs ont succédé les scandales, au moment où nous aurions dû tirer les leçons de nos dix années d’exercice du pouvoir.

Si nous persévérons dans cette voie, alors la droite poursuivra sa marginalisation et finira par disparaître. Elle laissera la place à la gauche archaïque de Jean-Luc Mélenchon, aux progressistes d’Emmanuel Macron et à l’extrême-droite de Marine Le Pen. Personnellement je ne m’y résigne pas, je n’accepte pas que mon parti qui a recueilli le triple héritage des gaullistes, des libéraux et des démocrates-chrétiens se contente de propositions démagogiques ou de promesses fantaisistes.

Florence Portelli : Aucune élection n’est « imperdable » car aucune campagne n’est jouée d’avance, et l’expérience des dernières élections depuis cinq ans le prouve. Il y a un paradoxe aujourd’hui, c’est que nous n’avons pas su convaincre les Français de nous faire confiance ni à l’élection présidentielle ni aux législatives alors même que les valeurs que nous défendons à droite sont majoritaires dans notre pays.

Je continue à penser que le programme de François Fillon était le bon car il apportait les bonnes solutions après avoir fait le bon diagnostic. Ceux qui disent aujourd’hui que son projet était « trop brutal » ou « pas assez social » se trompent. Il y a eu le climat des affaires évidemment, mais nous avons surtout payé le manque d’unité à droite et la déloyauté de nombreux élus et cadres, dont certains qui aspirent aujourd’hui à diriger les Républicains. Une campagne présidentielle, c’est comme une équipe de football : même si le match est difficile, on ne rentre pas aux vestiaires en abandonnant ses coéquipiers sur le terrain.

Les militants me connaissent et ils savent que je suis d’abord une militante. Je n’ai jamais songé à quitter le navire, même au plus fort de la tempête. Si certains ont préféré se planquer, je suis restée mobilisée aux côtés des militants qui ont porté jusqu’au bout l’étendard de nos valeurs.

2) Vous briguez la présidence pas seulement d’un parti mais surtout d’une famille politique qui a longtemps gouverné la France. Contradictoirement, cette dernière est-elle à la fois la deuxième force politique nationale en nombre d’élus et manifestement aussi mal au point. Si vous êtes élu(e), quels sont vos plans pour moderniser, démocratiser et redynamiser les Républicains (LR) ?

Maël de Calan : Il faut s’appuyer sur cette contradiction pour reconstruire notre parti : une nouvelle génération de responsables politiques doit émerger de notre tissu d’élus locaux dont je fais partie et qui réalise un travail formidable au service de nos territoires. Elle doit être le fer de lance d’une indispensable refondation du parti. Nous l’appelons tous de nos vœux. Les Républicains doivent être forts et structurés pour incarner, non pas seulement une opposition, mais une véritable alternative, indispensable à la vitalité démocratique du pays.

Les Républicains doivent redevenir un grand parti populaire, un parti de masse qui rassemble des centaines de milliers d’adhérents de tous les âges, de toute la France, et de toutes les catégories sociales. Je ne veux pas d’un parti virtuel auquel on adhère en un clic. Je veux un parti qui forme ses adhérents, un lieu de réflexion qui leur offre une vision globale et cohérente des enjeux du monde contemporain. Ce parti se doit enfin d’être irréprochable sur le plan des pratiques politiques en établissant des règles claires et des sanctions si elles ne sont pas respectées.

Je souhaite baisser le prix des cotisations de 30 euros à 15 euros, et à 5 euros pour les Jeunes Républicains, afin de lancer une campagne active de recrutement d’adhérents et d’ouvrir largement le parti. Je veux un parti dans lequel les adhérents décident : des nominations internes, des investitures et bien sûr du candidat à l’élection présidentielle. C’est en ce sens que je propose un système de vote double pour la primaire ouverte, une voix comme n’importe quel électeur, plus une voix comme adhérent. Le travail effectué par nos 235.000 militants est énorme, je veux le valoriser et inciter nos sympathisants à adhérer. C’est à ce prix que nous pourrons regagner la confiance des Français, en montrant que nous sommes capables de nous transformer.

Florence Portelli : Je veux redonner sa fierté à la droite et rendre notre parti plus attractif aux yeux des Français. Un parti attractif, c’est un parti avec des instances renouvelées et modernisées. C’est un parti plus démocratique qui donne la parole à ceux qui incarnent le renouvellement et qu’on écoute plus. Je souhaite remettre la méritocratie au cœur de notre fonctionnement interne pour enfin en finir avec les arrangements de couloirs et le copinage.

Je veux casser la verticalité du parti en renforçant les moyens et l’autonomie financière et politique des fédérations locales pour que les décisions ne soient plus systématiquement prises dans l’huis-clos du siège national à Paris, en ce qui concerne les nominations et des investitures par exemple. Nos instances internes doivent également mieux représenter les militants mais également les territoires. Je veux engager un véritable travail de détection des nouveaux talents, de formation et de promotion des militants les plus méritants.

Notre parti doit également mieux accompagner les élus locaux dans leur mandat en mettant à leur disposition des outils d’aide juridique et des formations en communication, notamment sur les réseaux sociaux. Je pense tout particulièrement aux élus d’opposition qui sont les fers de lance de la reconquête des territoires et qui sont bien trop souvent isolés dans leurs combats. Pour renouer avec les Français, nous devons aussi nous réapproprier les sujets dont nous ne parlons plus comme ceux des fractures territoriales et sociales ou encore la culture et l’écologie. Il y a beaucoup à faire, et je crois avoir fait la preuve de ma loyauté et de ma pugnacité.

3) Emmanuel Macron et En Marche (LREM) se réjouiraient que la droite n’ait aucun « leader charismatique » en capacité de lui opposer une force politique crédible voire même de lui contester l’Elysée en 2022. Que leur répondez-vous et que pensez-vous de la politique gouvernementale menée depuis mai dernier ?

Maël de Calan : Notre réponse à un président de 39 ans ne peut pas être de ressortir les mêmes visages et les mêmes pratiques que nous voyons depuis 30 ans. La ligne que je porte avec les élus qui m’entourent est celle d’une droite qui cherche des solutions plutôt que des slogans. La seule qui pourra demain faire gagner la droite et permettra aux Républicains d’être à nouveau utiles à la France. Je ne me reconnais pas dans une ligne contestataire et clivante qui consiste à s’opposer à tout de manière pavlovienne.

Bien sûr Emmanuel Macron est plus proche de nous que ne l’était François Hollande, à certains égards il fait même des choses que la droite aurait dû faire depuis longtemps. Mais pour autant il ne va pas assez loin et surtout il va parfois dans de mauvaises directions. Je suis donc dans l’opposition car j’estime que nos différences sont plus importantes que ce qui nous rapproche. Comme des millions d’électeurs, je n’ai pas envie de me dissoudre dans la droite populiste, ou dans un centre-gauche, même social-libéral. Sa réforme du marché du travail reste insuffisante quand il ne touche pas aux seuils sociaux, ne défiscalise pas les heures supplémentaires, et n’assouplit pas le CDI. Il a raison d’encourager l’investissement en supprimant les deux tiers de l’ISF, en instaurant une flat tax ou en baissant l’IS.

Mais son action en matière de compétitivité des entreprises est trop faible : la transformation du CICE en baisse de charges à compter de 2019 va coûter de l’argent aux entreprises, c’est une grave erreur ! La suppression de la taxe d’habitation qui va creuser le déficit, la hausse de la CSG, le refus de toucher à l’âge de départ en retraite vont également dans le mauvais sens. D’autres sujets, comme la généralisation de la PMA, la fin de l’universalité des allocations familiales ou une vision naïve de la politique migratoire, me placent clairement dans l’opposition. Alors oui, il nous reste un espace ; et ce d’autant plus que nous avons le temps pour nous reconstruire.

Florence Portelli : Avant de réfléchir à celle ou celui qui pourrait représenter notre famille politique en 2022, je préfèrerais que l’on se consacre à reconstruire le parti et à redéfinir une ligne politique claire et qui rassemble la droite et crédible aux yeux des Français. Aujourd’hui, je suis la seule des candidats à proposer d’engager ce fastidieux mais indispensable chantier : l’un pense probablement le matin en se rasant à la présidentielle de 2022 quand l’autre cherche à inféoder les Républicains à Emmanuel Macron et Edouard Philippe.

Je veux engager la bataille du projet et non pas la guerre des égos. Je n’ai qu’une seule ambition : mettre toute mon énergie au service de notre famille politique pour en refaire la première force d’opposition et pour gouverner demain. Pour moi, le chef du parti doit être le chef d’orchestre et non pas le soliste : la ou le prochain président des Républicains devra se mettre au service des militants et non mettre les militants à son service. Il faut arrêter de mépriser les adhérents en faisant du parti le simple tremplin des ambitions personnelles de quelques-uns. Il y a tant à faire !

Les premiers mois de Macron sont éloquents : beaucoup de communication pour finalement peu d’actes. Il est totalement absent sur le front du chômage, du pouvoir d’achat des retraités et des classes moyennes, sur la crise migratoire, sur la sécurité des Français, la laïcité et sur la justice. Il ne connaît que la France des villes et des métropoles, il ignore les territoires ruraux et méprise les collectivités locales. Enfin, plus inquiétant encore, il n’a pas pris la mesure de la réalité de la montée de l’islamisme radical dans notre pays.

4) Les adhérents LR semblent réclamer une droite « plus à droite » que ces dernières années notamment sur les questions sécuritaires et migratoires. L’islamisme suscite notamment une angoisse croissante. Quelles sont vos propositions pour lutter contre ce que de nombreux adhérents qualifient de « péril mortel » pour la France – et plus largement l’Europe ?

Maël de Calan : Je porte une ligne clairement de droite, ouverte et rassembleuse. Une droite qui ne pousse pas tous les curseurs au maximum comme le fait la droite dure. Une droite qui est sans concession sur les questions de sécurité, d’immigration et de lutte contre l’Islam radical. Face à la menace terroriste il n’y a qu’une seule réponse : réarmer la France !

Réarmement sur le plan militaire pour donner à nos soldats les moyens de combattre les terroristes au Proche et au Moyen-Orient comme au Sahel. Réarmement sur le plan policier pour que nos forces de sécurité puissent suivre un nombre croissant de suspects et déployer les nouveaux outils techniques nécessaires à cet « effort de guerre ». Réarmement sur le plan pénitentiaire.  Il nous faut accélérer la construction de places de prison adaptées aux détenus radicalisés et dangereux, et créer un service de renseignement pénitentiaire.

Réarmement, enfin, sur le plan des idées : la lutte que nous devons poursuivre contre le totalitarisme islamiste est une lutte idéologique, contre la radicalisation qui sévit dans des pans entiers de la société. C’est aussi au travers d’un discours inflexible sur les valeurs que nous portons, que nous devons engager le combat.

Florence Portelli : Droite « plus à droite », « vraie droite » ou « droite forte »… Ce sont des slogans, pas une ligne politique. Moi, je suis de droite, point barre. Pas la droite constructivo-macroniste ni la droite Philippot-Marion-Marine. Je suis de droite et j’en suis fière. Je suis issue de cette génération qui s’est engagée au RPR avec Philippe Seguin. A nos adhérents et sympathisants qui réclament « une droite plus à droite », je leur dis d’être attentifs à la sincérité et à la constance de l’engagement de ceux qui aspirent à parler en leur nom.

Pour ma part, je n’ai jamais dévié, quand d’autres ont des convictions à géométrie variable. Nous avons besoin de clarté et de cohérence. Sur la question de la montée de l’islamisme, je mets en garde ma famille politique : n’écoutez pas ceux qui ont piteusement sombré dans la démagogie et la caricature, ni ceux qui préfèrent fermer les yeux.

François Fillon a dédié un ouvrage entier sur la lutte contre le terrorisme islamiste dont les propositions que je reprends à mon compte sont plus que jamais d’actualité : interdire le retour sur le territoire des Français partis combattre dans les rangs de Daesh, incarcérer et juger pour intelligence avec l’ennemi ceux qui en sont revenus ou qui ont eu l’intention d’y aller, prononcer la déchéance de nationalité pour les terroristes, qu’ils soient binationaux ou mononationaux, exclure tous les étrangers qui se trouvent en France et qui constituent une menace pour notre sécurité, mieux identifier et surveiller les individus fichés S pour radicalisation et les écarter des secteurs d’activité sensibles comme l’éducation nationale, les hôpitaux ou les transports publics. Nul besoin de lois supplémentaires, il suffit déjà d’appliquer celles qui existent déjà et d’en faire respecter les peines prononcées.

5) Vous aspirez à jouer un rôle politique central en représentant la famille politique héritière du Gaullisme. Le général de Gaulle est-il pour vous une source d’inspiration et qu’est-ce qui vous caractérise personnellement et doit inciter les adhérents à voter pour vous plutôt que pour vos concurrents ?

Maël de Calan : Le gaullisme et la figure du Général de Gaulle ont énormément compté dans ma construction politique personnelle. C’est un symbole fort pour notre famille politique et les idées gaullistes doivent continuer à structurer la pensée de notre famille politique.

A mon sens cela signifie que l’on peut être libéral en économie tout en étant attaché à l’équilibre social du pays et la conviction que l’on peut être patriote et européen. Le Général disait que « L’Europe est le rêve des sages et l’ambition des puissants », la France ne pourra porter sa voix et ses ambitions dans la mondialisation du 21ème siècle face aux pays émergents et aux multinationales sans une Europe forte qui sache porter ses intérêts.

Florence Portelli : Le gaullisme ça s’incarne, ça ne se revendique pas. J’ai beaucoup trop de respect pour le Général de Gaulle pour pouvoir me comparer à lui. C’est pour cela que je n’ai pas participé au bal des politiques à Colombey cette année : je n’ai pas besoin d’y faire un pèlerinage annuel pour revendiquer l’héritage du gaullisme. Nombreux sont les élus qui s’y rendent juste pour la photo alors qu’ils sont les premiers à trahir son héritage dans leurs discours ou dans leurs actes.

Le Général de Gaulle fait partie de l’ADN de la droite. C’est un homme qui nous inspire tous. Il est une fierté pour la droite, et justement, je veux redonner sa fierté à la droite. C’est d’ailleurs mon slogan ! J’ai par exemple une vision très gaullienne de l’Europe contrairement à mes concurrents : je ne suis ni une euro-béat qui dit amen à tout ce que décide la Commission européenne, ni une eurosceptique qui fait de l’Europe le bouc-émissaire de toutes nos incapacités à nous réformer nous-mêmes. Je suis une euro-réaliste.

Ça veut dire que pour moi, la France ne doit pas se diluer dans l’Europe mais elle doit au contraire infuser l’Europe. L’Europe c’est un multiplicateur de puissance nationale, comme le disait le Général De Gaulle. On peut être europhile de droite sans pour autant aimer cette Europe-là, celle qui impose des réglementations contraignantes et inutiles à nos producteurs de fromage ou de vin mais qui est impuissante en matière de défense, de contrôle de nos frontières externes, de politique énergétique et de lutte pour nos intérêts économiques.

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