Une CIA européenne, idée géniale ou fantasme inutile?



Les attentats du 13 novembre 2015 n’ont pas suscité chez les responsables politiques la recherche de leur éventuelle responsabilité dans les pires attentats commis en France. Ils se sont plutôt concentrés à évacuer cette responsabilité au-delà des frontières nationales.

D’un côté, la Belgique s’est retrouvée responsable puisqu’une partie des terroristes du 13/11 résidaient sur son territoire. De l’autre, la France n’aurait pas également communiqué des renseignements utiles à son voisin. L’unanimité existe pourtant: si les renseignements avaient été dûment échangés, l’on aurait pu empêcher les attentats.

Ce postulat n’engage que ceux qui y croient et la réalité pratique indique que les services de renseignement, involontairement débordés par la croissance géométrique de la menace, le flux ininterrompu de migrants et l’absence de frontières, sont actuellement chargés d’une mission impossible.

Il faudrait donc une CIA européenne, a insisté le premier ministre belge Charles Michel. Là encore, le postulat de départ selon lequel une agence similaire à la CIA aurait forcément de meilleurs résultats que les agences existantes relève d’une interprétation plus hollywoodienne que fondée sur des faits objectifs.

L’union politique et juridique totale de l’Europe en une union fédérale similaire aux Etats-Unis est un pré-requis obligatoire à l’existence d’une structure unique de renseignement à l’échelle européenne. Considérant le désamour croissant des peuples pour l’Union européenne (UE) et l’implication d’intérêts étrangers, parfois « amis », qui y sont résolument hostiles, des décennies de négociation ne seraient peut-être pas suffisantes pour réussir l’Europe politique.

La sécurité nationale est une activité proprement nationale à savoir que les intérêts, les engagements extérieurs, les coopérations et les menaces varient en fonction du pays. La menace terroriste en France n’est pas identique à celle évaluée au Luxembourg. La collaboration de l’Allemagne ou du Royaume-Uni avec les Etats-Unis n’est pas identique à celle concernant la France.

La langue, la culture, le cadre juridique sont autant d’éléments à harmoniser avant d’espérer quelque possibilité d’une agence européenne de renseignement. Dès lors, la seule solution réaliste consiste à approfondir voire automatiser la coordination et l’échange de renseignements entre les pays européens, sans garantie aucune que ceci empêchera un nouveau 13/11.

Sans une Europe constituée comme une même nation souveraine et indépendante, l’idée d’une CIA européenne restera dépourvue du dénominateur commun élémentaire indispensable à la constitution d’un service de renseignement efficace.

L’arrêt des flux de migrants et la création de vraies frontières européennes sont la condition minimale d’une relative sécurité nationale pour les pays membres de l’UE. Sans cela, toute discussion sur l’efficacité de la lutte antiterroriste relève du spectacle politique plus que d’une sincère défense de la sécurité des citoyens européens contre le terrorisme.