Sans lucidité, l’Allemagne récoltera encore plus de terrorisme



Les divers attentats qui ont touchés l’Allemagne ces derniers jours ont eu une résonance d’autant plus grande qu’ils ont été, d’une façon ou d’une autre, à un moment ou à un autre, sous-estimés par les autorités allemandes, policières comme politiques. En croyant amoindrir un fait, ils en ont fait la promotion exceptionnelle.

L’Allemagne, pays qui était encore l’un des plus paisibles du monde il y a peu, connait désormais des actes d’ultra-violence comme elle n’en avait plus connu en temps de paix depuis les années 1920-1930. Les attentats commis par divers procédés sont devenus une réalité habituelle.

L’argument selon lequel le terrorisme se nourrit exclusivement de l’interventionnisme militaire extérieur est une nouvelle fois en partie démenti. La chancelière Angela Merkel laisse à l’extérieur la France se débrouiller et risquer la vie de ses soldats – et de ses citoyens – contre une menace qui concerne pourtant toute l’Europe. Aussi, l’Allemagne est, avec la France et la Belgique, le pays le plus généreux au monde tant en aide internationale au développement qu’en aides diverses accordées aux réfugiés accueillis par centaines de milliers sur son sol ces derniers mois.

Déclarer officiellement d’un individu ayant fait explosé une bombe dissimulée dans un sac rempli de boulons destiné à tuer une foule de jeunes venus assister à un concert à Ansbach (Allemagne) qu’il est “peut-être terroriste” relève soit d’un déficit de compréhension élémentaire qui rend inapte à toute fonction officielle soit du mensonge. Il ne s’agit pas de faits divers mais d’attaques-suicide en plein coeur de l’Allemagne qui ciblent opportunément les régions les plus rétives à l’immigration: la situation est donc excessivement sérieuse.

Ces “peut être” à répétition sont contre-productifs et poussent progressivement les Européens vers la défiance active. Le populisme n’est rien comparé à ce qui pourrait arriver si les gouvernements persistent dans ce qui est perçu comme du mépris envers les citoyens qu’ils sont pourtant en charge de protéger. Seul l’honnêteté, la lucidité et le réalisme peuvent encore empêcher le pire, à savoir la conflagration générale.

Le touriste Français bientôt puni par Donald Trump



La France et l’Allemagne sont infectés par le terrorisme. Et vous savez quoi? C’est de leur faute. Parce qu’ils ont laissé des personnes entrer sur leur territoire,” a déclaré Donald Trump, candidat Républicain à l’élection présidentielle américaine 2016, lors de l’émission politique Meet The Press. Dès lors, ajoute Trump, “nous devons être intelligents et nous devons être vigilants,” en instaurant “un contrôle extrême” aux frontières afin de protéger les Etats-Unis. Les Français et les Allemands se rendant là-bas pourraient donc être l’objet de ce contrôle après les attaques terroristes ayant frappé leur pays.

Si Donald Trump a en partie raison sur le fait que ces pays sont eux-mêmes responsables de la situation qu’ils traversent à cause de mauvais choix politiques et d’une politique d’immigration inadaptée, il est tout de même bon de rappeler que la situation en Irak – et où s’est formé le groupe Etat Islamique (EI – Daech) – résulte en grande partie de l’invasion militaire américaine de ce pays en 2003, à laquelle s’étaient justement opposées la France (1) et l’Allemagne. Il est donc incongru de la part du candidat Républicain d’oublier la responsabilité de son pays pour en faire payer les conséquences à d’autres.

Que Donald Trump veuille protéger les Etats-Unis d’une entrée sur son territoire d’individus hostiles – et potentiellement terroristes – en provenance d’Europe est parfaitement compréhensible. Cependant, les données relatives à la menace terroriste montrent non seulement que la menace est déjà présente sur le territoire américain sans qu’il y ait besoin d’une importation européenne mais qu’aussi une majorité de terroristes préfèrent opérer en Europe où la réponse pénale est incomparablement plus faible et où il est autrement plus facile de circuler comme de s’engouffrer dans les brèches d’Etats très généreux même avec ceux qui veulent les détruire.

Enfin, considérant le nombre d’entrées illégales enregistrées chaque année aux Etats-Unis et les difficultés rencontrées pour juguler le flux en provenance notamment du Mexique, il semblerait plus pertinent qu’un individu désireux de commettre un acte terroriste s’organise pour passer clandestinement via cette frontière plutôt que de prendre le risque d’un transport aérien, et donc autrement plus contrôlé, à destination des Etats-Unis. Le tout sans oublier de mentionner le taux de criminalité près de trois à quatre fois supérieur aux Etats-Unis qu’en France ou en Allemagne.

On retiendra donc deux informations à la suite de cette proposition de Donald Trump: 1) Instaurer la totale réciprocité pour l’entrée des citoyens américains sur le territoire de l’Union européenne (UE) à l’image de ce que la procédure US Visit impose aux citoyens européens entrant sur le territoire américain, contrôle électronique payant préalable à l’instar de l’ESTA inclus. 2) Comprendre que le programme d’exemption de visa des Européens à destination des Etats-Unis vit certainement ses dernières années.

(1) Quel beau remerciement américain à la France qui a été, et est, de tous les combats contre le terrorisme. Selon le Pentagone lui-même, la France est après les Etats-Unis le pays le plus engagé dans la lutte antiterroriste au niveau international.

François Fillon en guerre mondiale contre le terrorisme



On peut peut-être reprocher à François Fillon de ne pas avoir fait ce qu’il fallait lorsqu’il était premier ministre de Nicolas Sarkozy de 2007 à 2012 mais il est bien l’un des rares hommes politiques français à avoir reconnu ses erreurs et à avoir admis que si c’était à refaire, il ferait bien des choses autrement qu’auparavant. Sa lucidité et son recul sont des qualités bien rares qu’il est juste de relever, et il serait salutaire que d’autres en prennent exemple.

L’entretien de François Fillon au JDD est intéressant et a également le mérite de la clarté. En expliquant que nous sommes “en guerre mondiale” contre un totalitarisme – qu’il nomme “le totalitarisme islamiste” – aussi dangereux que le “nazisme”, l’ancien premier ministre et candidat aux primaires du parti Les Républicains (LR) dresse un constate réaliste du contexte international mais aussi et surtout du contexte français. En effet, du Sahel au Levant jusqu’à son propre territoire, la France est attaquée de toutes parts par un ennemi désireux de semer la terreur jusqu’à ce qu’enfin – objectif ultime – la conflagration générale la fragmente et entraîne avec elle toute l’Europe.

François Fillon appelle donc “la société française tout entière à se mobiliser” contre l’ennemi, jusqu’à même appuyer une offensive terrestre contre l’Etat Islamique (EI) en Syrie, mais sans participation de troupes françaises au sol. Ayant bien trop à faire en Afrique et chez elle, la France ne serait pas en mesure de s’impliquer massivement sur le terrain là-bas. Les Russes, les Iraniens et le régime syrien du président Bachar Al-Assad seraient donc chargés de combattre et défaire l’EI, l’on aurait bien l’opportunité ensuite “de débattre de nos relations avec le régime syrien,” explique François Fillon.

Même si le constat selon lequel la France n’est pas en mesure de s’impliquer et que c’est en priorité aux pays de la région de traiter la menace là-bas est réaliste, c’est aussi alarmant d’estimer que pour vaincre un ennemi qui vient de tuer des dizaines de nos concitoyens sur notre sol, nous devons espérer que trois autres pays – avec qui les désaccords sont nombreux et à qui nous n’avons guère fait de cadeaux ces dernières années – s’en chargent, en partie pour nous.

On peut convenir toutefois que la situation intérieure et la défense des intérêts français en Afrique sont prioritaires, sans mentionner que la France reste le deuxième pays le plus militairement capable et engagé dans le monde, selon le Pentagone. L’Europe, l’Allemagne notamment, ne participent pas assez et laissent un peu la France, seule, risquer la vie de ses soldats contre une menace qui s’attaque pourtant à tous.

Quant à la sécurité intérieure, François Fillon a raison de privilégier l’application pleine et entière du livre IV du code pénal dont les dispositions semblent suffisantes pour au moins empêcher la croissance de la menace terroriste sur notre sol et éloigner les individus les plus dangereux. François Fillon est d’accord pour le rétablissement de la double peine et propose même “des mesures d’exception” considérant, dit-il, que “la quasi-totalité des personnes qui se sont livrées à des actes terroristes en France depuis 18 mois sont des délinquants de droit commun.”

Il ne soutient pas l’idée d’un Guantanamo “à la française” ni de “conditions forcément exceptionnelles” pour l’incarcération des terroristes. Une sérieuse lacune dans cette interview toutefois, peut-être involontaire, François Fillon n’a pas parlé de la politique migratoire et de la maîtrise du territoire national.