Nicolas Dupont-Aignan est-il un bien ou un mal pour Marine Le Pen ?



Au journal télévisé de TF1 le 18 mars 2017 au soir, Nicolas Dupont-Aignan, candidat à l’élection présidentielle française pour le parti Debout La France (DLF), a probablement réalisé la meilleure performance médiatique de toute sa carrière politique. Poliment et clairement, Nicolas Dupont-Aignan a dénoncé le rejet par TF1 (1) de sa présence au premier débat télévisé de la campagne présidentielle prévu pour la soirée du 20 mars 2017. Il s’est donc expliqué puis a quitté le plateau (2).

Parce que ce ne fut justement pas « un coup de gueule » mais l’expression très majoritairement partagée d’un malaise de l’opinion publique quant à la construction médiatique de ladite campagne qui semble favoriser quelques candidats – et surtout un en particulier – Nicolas Dupont-Aignan a su parler à tous les Français, de droite, de gauche comme du centre. Alors que Le Politique place Nicolas Dupont-Aignan 3ème de son classement d’influence politique proportionnelle derrière Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, il pourrait à première vue devenir un obstacle pour cette dernière. Portée par une dynamique forte et ascendante, Marine Le Pen n’a jamais été aussi proche du pouvoir.

Cependant, la croissance médiatique et politique de Nicolas Dupont-Aignan dont beaucoup de points programmatiques rejoignent ceux de Marine Le Pen pourrait fournir à DLF la progression électorale qui ouvrirait droit au remboursement de la campagne, soit au moins 5% des voix, et peut-être priver Marine Le Pen du second tour si ce score atteignait ou dépassait 8%. En effet, parmi les électeurs futurs de Nicolas Dupont-Aignan pourraient se trouver des électeurs qui, presque convaincus de voter Marine Le Pen, opteraient finalement pour le premier, séduits par sa proposition de « rupture sérieuse et sans drame. »

Cependant, et c’est là le travail d’un analyste, convient-il d’aller plus loin qu’un simple calcul arithmétique pour prendre du recul et évaluer la situation dans son ensemble. Le succès médiatique significatif de Nicolas Dupont-Aignan accompagné d’une croissance politique réelle confirme notre analyse quant à la maturation d’une opinion publique – notamment jeune – de plus en plus à droite de l’échiquier politique.

Dès lors, l’expression d’un intérêt sensible de l’électorat aux idées de Nicolas Dupont-Aignan peut également favoriser Marine Le Pen puisqu’il participe d’une dynamique politique profonde, à savoir l’émergence d’une offre politique nouvelle et principalement de droite ; au moins sur les problématiques d’immigration, de sécurité et de politique étrangère.

Si Nicolas Dupont-Aignan peut éventuellement priver Marine Le Pen de quelques points de pourcentage – peut-être décisifs – son succès catalyse une dynamique de fond qui est mécaniquement favorable à Marine Le Pen sur le long terme. En conclusion, Nicolas Dupont-Aignan est présentement et simultanément un obstacle plutôt ponctuel ainsi qu’un accélérateur de la recomposition politique nationale En Marche toute vers la droite.

Annotations

(1) Le Groupe TF1 a publié un communiqué indiquant que sa décision de ne pas inviter Nicolas Dupont-Aignan « ne remettait pas en cause les règles du pluralisme dans la mesure où le principe d’équité était respecté par ailleurs » conformément à deux décisions similaires du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) puis du Conseil d’Etat.

(2) Le Politique s’interroge sur la difficulté de visionner l’intégralité de la vidéo du journal télévisé de TF1 incluant les explications de Nicolas Dupont-Aignan suivi de son départ du plateau. Au moment de l’écriture de cette analyse, la vidéo n’était pas encore disponible dans la section Replay du site tf1.fr. On peut toutefois la visionner via la page Facebook de Nicolas Dupont-Aignan.

Lire plus

Le Pen, Mélenchon, Dupont-Aignan, meilleures notes d’influence électorale

Marine Le Pen pourrait bien entrer à l’Elysée dès mai 2017

Leçons de Geert Wilders à Marine Le Pen et à François Fillon

Pourquoi peut-on douter des sondages politiques ?

Nicolas Dupont-Aignan, futur président ou arbitre de la droite en 2017?

Leçons de Geert Wilders à Marine Le Pen et à François Fillon



Le candidat « populiste » et/ou « nationaliste » néerlandais Geert Wilders a enregistré à l’occasion des élections législatives du 15 mars 2017 une défaite qui ne lui est pas si préjudiciable pour l’avenir. Avec 20 sièges au Parlement soit 5 de plus que lors du mandat précédent, Geert Wilders gagne tout de même 33% de sièges en plus. Au contraire, le premier ministre de centre-droit sortant et victorieux des élections Mark Rutte obtient 30 sièges soit 8 de moins, c’est-à-dire une chute de 21%.

Du point de vue de la progression, Wilders a donc vaincu Rutte. Cette « victoire » n’est cependant pas suffisante pour que Wilders puisse prétendre non seulement à diriger les Pays-Bas mais également à participer au gouvernement. Wilders a également échoué à confirmer les sondages qui lui donnaient au moins une belle deuxième place en tout cas plus éloignée de ses poursuivants qui se partagent à trois quelques 45 sièges.

En quoi le score de Geert Wilders peut-il intéresser les deux droites de la politique française, à savoir principalement François Fillon du parti Les Républicains (LR) et Marine Le Pen du Front National (FN) ?

D’abord, ce score moins élevé qu’espéré par Geert Wilders qui visait 30 sièges est un avertissement pour Marine Le Pen. Il souligne que l’Europe est moins mûre pour le changement « pro-nation » que ce qui fut constaté lors de la puissante ascension populaire de Donald Trump aux Etats-Unis. Il est aussi la preuve que l’absence de relais médiatiques forts demeure un écueil certes de moins en moins important mais en mesure de contrarier les ambitions gouvernementales d’une part croissante de l’électorat.

Aussi, le contexte pré-électoral immédiat a probablement été capital aux Pays-Bas où la vive crise diplomatique turco-néerlandaise a sans doute aidé Mark Rutte à reprendre une avance décisive sur Geert Wilders puisqu’elle lui a permis d’exprimer des opinions plus droitistes qu’à l’accoutumée. Concernant François Fillon, le score de Mark Rutte est un encouragement à poursuivre dans la voie d’une droite « classique » aux positions fortes assumées, notamment en matière de sécurité, d’immigration et de politique étrangère.

Aussi, les élections néerlandaises traduisent une « pasokisation » de la gauche, totalement oblitérée par la droite qui, tout cumulé, dispose d’une majorité écrasante. Non seulement le centre-droit de Rutte conserve le pouvoir, mais la droite « Chrétienne » est désormais presqu’aussi puissante. C’est aussi un avertissement qui intime à la droite « classique » d’être vraiment de droite considérant que la droite « nationaliste » de Geert Wilders enregistre une progression significative. Si Mark Rutte échoue à mener une politique résolument à droite, il est probable que Geert Wilders finira par le remplacer.

Enfin, si le score de Wilders est probablement une déception pour Marine Le Pen, le contexte sécuritaire et économique général de la France modifie suffisamment les paramètres pour que Marine Le Pen puisse espérer un meilleur résultat que son allié néerlandais. Pour François Fillon comme pour Marine Le Pen (et pour Nicolas Dupont-Aignan), l’élection néerlandaise apporte la preuve d’un glissement de l’opinion publique vers la droite « forte ».

C’est une dynamique dont les deux droites françaises devraient logiquement profiter au cours des prochaines élections et dans les prochaines années puisqu’à l’instar de sa consoeur française, la jeunesse néerlandaise vote nettement plus à droite que ses parents.

Vous aimerez aussi: Marine Le Pen pourrait bien entrer à l’Elysée dès mai 2017

Ce que la fusillade à Grasse nous dit sur la sécurité intérieure



Il est difficile d’aborder le délicat sujet de la sécurité intérieure sans susciter plus de peur que de raison. Quoiqu’il en soit c’est un sujet qui bien que largement ignoré dans le cadre de la campagne de l’élection présidentielle 2017 est d’une importance majeure. Tout d’abord et malgré le travail courageux des organes en charge de notre sécurité nationale, les données disponibles semblent plutôt relever une croissance plus qu’une réduction de la menace terroriste en France.

En sus du retour des « revenants » de la zone Syrie/Irak, l’habituel retour d’expérience mis en place par les groupes hostiles devrait logiquement produire des modus operandi mis à jour contre lesquels notre réponse collective pourrait s’avérer trop faible, non par manque de volonté mais difficulté d’anticipation.

Les récents incidents incluant l’usage d’agents chimiques en Allemagne, la découverte de divers véhicules chargés de bonbonnes de gaz en France ou encore l’intrusion d’un individu lourdement armé au Lycée Alexis de Tocqueville de Grasse sont autant de faits qui incitent au moins à la prudence, au pire à l’inquiétude.

Aussi, des informations déjà anciennes de plusieurs mois relatives à la velléité d’opérationnels hostiles d’utiliser des armes chimiques et/ou de nouveaux usages d’explosifs dits « à l’irakienne » pourraient augmenter sensiblement la létalité d’un prochain attentat. Si l’intrusion à Grasse n’est pas un acte terroriste, – considérant l’armement de l’individu interpellé, de réelles questions se poseront sur leur fourniture – il souligne combien il est difficile voire impossible de protéger la population quels que soient les moyens engagés sur le terrain.

C’est donc en amont de la chaîne du renseignement – avec les analystes et les unités opérationnelles – que l’effort doit être concentré afin de maximiser la capture ante-infraction des opérationnels ennemis. La chaîne judiciaire doit également suivre avec la prononciation de peines plus sévères qu’actuellement à l’encontre des individus engagés dans des activités de nature terroriste.

Ces deux priorités essentielles au rétablissement durable de la sécurité nationale doivent être accompagnées de mesures strictes de contrôle aux frontières considérant qu’en l’état actuel, le passage d’éléments hostiles est facilité à la fois par la crise migratoire croissante et par les frontières « ouvertes » de l’espace Schengen.

Les candidats à l’élection présidentielle, dont la plupart n’ont exprimé aucune mesure de fond hormis quelques propos généraux, doivent absolument traiter ce sujet en priorité et avec détermination. La sécurité des citoyens doit être LA priorité. Les nombreux morts et blessés des attentats de ces dernières années en sont un rappel perpétuel.