Faut-il supprimer les dividendes et punir l’investisseur lambda ?

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Sur les marchés financiers existent d’un côté les spéculateurs, ces géants de la finance qui en quelques minutes voire en quelques secondes peuvent acheter et vendre des titres au motif de réaliser une plus-value rapide mais proportionnelle à un nombre de titres significatif.

De l’autre existent les « petits porteurs » à savoir les actionnaires particuliers dont l’immense majorité n’appartient aucunement à la catégorie des « spéculateurs » puisque ce n’est pas leur métier et parce que la plupart de leurs investissements est principalement passive.

En effet, outre quelques arbitrages effectués une fois par an pour la plupart voire une fois par trimestre pour les plus fortunés, les actionnaires individuels ne spéculent pas pour la simple raison qu’ils n’en ont ni les moyens, ni les compétences, ni le temps.

Aussi n’ont-ils quasiment aucune chance face aux mastodontes qui, avec des volumes en dizaines de milliards, écrasent le petit actionnaire détenteur de quelques milliers d’euros en actions d’une entreprise spécifique.

Alors que les appels à « supprimer les dividendes » surgissent de toutes parts en pleine épidémie de coronavirus, il paraît salutaire d’affirmer que ce serait une injustice supplémentaire faite à ceux qui, plutôt que de dépenser, ont pris le risque d’investir dans nos entreprises.

Il est pertinent d’écrire « nos » car ces entreprises cotées sont le fer de lance de notre économie sans lequel notre énergie, notre nourriture, nos biens de consommation coûteraient beaucoup plus cher en sus d’un approvisionnement beaucoup plus aléatoire.

Aussi, oublient les détracteurs du dividende, chaque dividende payé chaque année constitue une ressource fiscale sûre et régulière pour l’Etat puisque tout dividende suscite un prélèvement obligatoire, autrement dit un impôt.

Rappelons donc que la qualité des recettes fiscales détermine la notation de la dette, et toute détérioration de celle-ci génère un bond du coût de la dette publique : notre dette à tous.

Aussi, l’Etat est lui-même actionnaire direct ou indirect de la plupart des entreprises du CAC40 – mais pas que – ce qui implique que chaque citoyen français est au moins indirectement actionnaire d’une multitude d’entreprises.

Donc chaque Français reçoit-il indirectement des dividendes à travers l’Etat qui s’en sert ensuite pour financer une école ou pour financer des subventions etc…

Mieux, l’Etat bénéficie directement de la bonne santé des entreprises puisque le dividende est déduit des bénéfices – autrement dit, pas de bonne santé de l’entreprise, pas de dividende – les emplois perdurent et les impôts, taxes et prélèvements obligatoires perçus par le Trésor public continuent voire augmentent.

Aussi, un dividende n’est-il que le reliquat de ce qui est distribué du bénéfice après le paiement de tous les impôts et la valeur de l’actif – le prix de l’action – connaît une baisse comparable et immédiate à sa valeur.

En somme, ce que l’actionnaire gagne en dividende, il le perd en valeur de l’actif, il ne s’enrichit donc pas.

Penser que le « petit porteur » est un spéculateur relève d’une vision à courte-vue et nombre de ceux qui militent pour la suppression du dividende devraient regarder précisément ce qu’ils ont en banque ou en assurance pour y découvrir qu’ils détiennent très probablement, eux aussi, des actifs versant des coupons – l’autre nom donné parfois aux dividendes.

D’ailleurs, si le dividende était supprimé pour les actions, il n’y aurait aucune raison valable pour que le coupon des obligations ne soit pas lui aussi supprimé et là, les milliers d’anti-dividendes y seraient probablement moins favorables considérant qu’ils détiennent très probablement aussi quelque fonds euros dans leur assurance-vie, ou un PEL, ou un Livret A.

Puisqu’on demande à l’investisseur individuel en actions de faire preuve de « générosité » et de « flexibilité » en ces temps de crise majeure, il paraît naturel de décliner une telle proposition à une multitude de choses similaires dont voici quelques exemples :

  • Supprimer tout rendement de tout produit notamment des obligations – et donc des PEL, Livret A, fonds euros, dettes d’entreprises entre autres – considérant que la dette est l’objet d’une spéculation bien supérieure et bien plus intense que pour les actions, on n’oserait tout de même pas bénéficier d’un coupon sur la dette du pays alors que celui-ci est en crise,
  • Supprimer les vacances organisées par les Comités d’entreprises notamment publiques, on n’oserait pas partir en vacances grâce à l’argent d’une entreprise souvent déjà perfusée par le contribuable et qui pourrait avoir besoin de cet argent en cas de difficulté,
  • Supprimer des emplois dans les secteurs les plus protégés du service public, on n’imagine pas conserver des emplois à vie alors que le pays va mal et que chacun doit faire un effort et montrer l’exemple,
  • Application des 35 heures partout et rattrapage de toutes les heures non effectuées ces dernières années conformément aux 35 heures dans les administrations concernées, on n’oserait pas échapper plus longtemps à une loi qui s’applique, normalement, à tous les travailleurs,
  • 5 semaines de vacances maximum par an pour tous et donc suppression de tout congé supplémentaire dans le service public, on n’oserait pas bénéficier de plus de congés que le travailleur opprimé et exploité du secteur privé alors que le pays va mal,
  • Alignement des conditions d’emploi du secteur public sur le secteur privé, on n’oserait pas être invirable dans le secteur public quand les travailleurs du secteur privé sont de « la chair à patrons » et que c’est la crise,
  • Alignement des régimes de retraite du secteur public avec le secteur privé, on n’oserait pas bénéficier d’une retraite bien meilleure que celle du travailleur du secteur privé alors que l’épidémie a fait tant de de dégâts,
  • Suppression de toute prime dans le service public, on n’oserait pas bénéficier d’avantages quand le travailleur du secteur privé se tue à la tâche pour un salaire qui n’augmente pas ou presque, surtout dans un pays « en guerre ».

Enfin des objectifs de véritable « justice sociale »! Et qui donneraient de la crédibilité à ceux qui veulent punir l’actionnaire individuel, le plus souvent un travailleur du secteur privé qui, parce que les conditions salariales ne s’améliorent pas, assume un risque pour arrondir ses fins de mois et préparer sa retraite bien inférieure en qualité à celle du secteur public.

En somme, que les anti-dividendes si soucieux d’égalité et de « justice sociale » montrent l’exemple et appliquent leur raisonnement dans son entièreté en militant favorablement pour les propositions énoncées ci-dessus. Beaucoup d’autres peuvent être proposées et de cette façon, sera-t-on bien sûr que tous participent à l’effort. Enfin un peu « d’égalité » !

Pour résumer, supprimer le dividende revient à appliquer une double peine à l’actionnaire individuel qui plutôt que de dépenser son argent a préféré l’investir dans une entreprise, participant ainsi à l’emploi, à l’innovation et à la bonne santé de notre économie.

Aussi, supprimer le dividende, c’est ignorer volontairement le risque pris par l’actionnaire individuel qui assume, aussi et plus encore dans le contexte actuel, la fluctuation parfois vertigineuse de la valeur de ses actions.

Les mêmes qui militent donc pour la suppression du dividende devraient dès lors proposer que la baisse de la valeur des actions soit compensée à l’euro près puisqu’il serait manifestement injuste de supprimer le dividende à ceux qui, à cause d’une épidémie et sans spéculation aucune, ont déjà beaucoup perdu.

Ce serait là appliquer la véritable « égalité » tellement revendiquée par les anti-dividendes.

Supprimer le dividende inciterait aussi l’actionnaire individuel à fuir les actions et à laisser donc les entreprises françaises plus encore à la merci d’entités étrangères.

En bout de chaîne, cela affaiblirait autant l’indépendance que la bonne santé d’entreprises qui représentent une part significative du financement de l’Etat et donc de vos services publics, de vos écoles, de vos hôpitaux, de votre assurance-chômage et de vos allocations familiales.

Pourquoi le citoyen qui aurait acheté des actions Airbus devrait-il se voir priver de dividendes – en plus d’avoir la valeur de ses actions Airbus divisée par deux en un mois – tandis que ceux qui n’investissent pas et ne prennent donc aucun risque continueraient-ils à percevoir autant de moyens de la part de l’Etat ?

L’Etat qui est financé par… les recettes fiscales. Bis repetita.

Moins de dividendes, moins de recettes fiscales. Bis repetita.

En somme, supprimer les dividendes reviendrait à diminuer les capacités de l’Etat – et donc celles de tous les Français, à transformer les entreprises françaises en proies plus faciles encore pour les investisseurs étrangers, à appliquer une double peine aux petits actionnaires qui ne sont, en rien, des spéculateurs.

Le citoyen Français qui détient des actions Air Liquide, Total, Engie etc… n’est ni Goldman Sachs ni BlackRock ! C’est vous, c’est moi, c’est nous tous, directement ou indirectement.

N.B.: A ceux qui désignent le CAC 40 comme une entité presque extraterrestre, sachez que vous êtes donc actionnaires à travers l’Etat mais que pour quelques euros via un PEA notamment, vous pouvez le devenir personnellement et toucher vous aussi ces dividendes « réservés aux nantis » !

Important

Le Politique conteste le non-versement du dividende aux particuliers uniquement – comme souhaité par le gouvernement – car il n’a pas à subir une punition supplémentaire! Ce n’est pas au citoyen de payer encore et encore.

Le dividende est le produit d’un investissement risqué lui-même issu de l’épargne elle-même reliquat des myriades d’impôts exigés en France. Pourquoi punir le particulier qui n’a rien fait de mal et qui représente 0,0001% de la spéculation mondiale ?

Le Politique précise trouver évidemment normal que les entreprises qui reçoivent des aides de l’Etat remboursent d’abord l’Etat avant de verser des dividendes, même si d’un point financier, ce n’est pas forcément la stratégie la plus efficace.

1 Commentaire

  1. DE SYLVA Répondre

    Tout à fait…
    Les petits porteurs doivent savoir qu’ils investissent face à des machines, de véritables pompes à fric.
    Ne prenez pas trop de risque, soyez prudents.
    Les gagnants se paient sur les perdants 🙂
    Prenez soin de vs.
    Pierre

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