Après l’affaire Benalla, l’affaire Facebook-Twitter et de la censure En Marche ?



S’il s’agit de rester prudent sur les causes exactes de ces évènements, force est de constater que les réseaux sociaux connaissent depuis quelques jours une série de dysfonctionnements propres à alimenter certaines inquiétudes parmi les amoureux de la liberté d’expression.

C’est d’abord Facebook qui a été dans l’oeil du cyclone : il y a une semaine, alors que l’affaire Alexandre Benalla battait son plein, le site parodique belge Nordpresse se retrouvait au centre d’une soudaine polémique : des milliers d’utilisateurs s’étaient rendus compte avec effarement que leurs partages des publications de Nordpresse étaient tout bonnement bloqués par Facebook.

D’autres sites étaient, dans la foulée, concernés par ces blocages intempestifs et d’autant plus douteux que les publications touchées avaient comme point commun de s’attaquer sur un ton humoristique à l’affaire Benalla et à l’Elysée. Facebook avait, plus tard dans la même journée, rétabli la possibilité de partager ces publications en invoquant un bug informatique.

Tout aurait pu rester là, mais voici que, ce matin, des milliers d’utilisateurs du réseau social Twitter ont pu, à leur réveil, désagréablement constaté que leurs comptes avaient été bloqués, avec à la clé des centaines d’abonnés ou d’abonnements partis en fumée.

Là encore, un certain nombre de victimes de ces dysfonctionnements géants ont eu vite fait de pointer certains points communs dérangeants entre ces mêmes comptes : pour le moment, il semblerait que les blocages aient surtout touché les comptes politisés, se situant dans l’opposition (de droite ou de gauche) et ayant récemment commenté l’affaire Benalla en critiquant le rôle de l’Elysée.

Les liens existant entre l’Elysée et la direction des antennes françaises de Facebook et Twitter sont connus et peuvent interroger. Les Français ont droit de savoir les dessous de tels dysfonctionnements, surtout lorsque ceux-ci entravent ce qui est considéré comme un havre de liberté et d’échanges, à savoir les réseaux sociaux.

Les Français ont droit d’avoir des réponses précises : pourquoi les blocages se sont exclusivement abattus sur une catégorie de comptes similaires ? Sommes-nous face à une tentative de censure qui ne dit pas son nom ? Est-ce une simple erreur humaine ou technique ?

La première des libertés qui forment le socle de tout Etat de droit et de toute démocratie est la liberté d’opinion et d’expression, protégée à l’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Sans cette liberté, nul débat d’idées n’est plus possible. Et si, comme toute liberté, elle peut être encadrée pour préserver les droits de tous et la sécurité publique, sa suppression au bon vouloir du Prince signifierait que notre République n’est plus un Etat de droit.

Même si Twitter et Facebook invoquent des bugs informatiques et même si, dans l’absolu, il n’est pas démontré que ces entreprises aient tenté de censurer une partie de l’opinion, le fait que ces bugs soient étrangement sélectifs et surviennent dans un contexte opaque et trouble est de nature à semer le doute et la suspicion.

Certes, gardons-nous de voir le diable partout, mais, sa plus grande ruse étant de faire croire qu’il n’existe pas – pour paraphraser Baudelaire -, c’est en ne le voyant nul part qu’on finit par se faire surprendre par lui. Sachons donc rester conscient que rien n’est acquis. « Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur », selon les fameux mots de Beaumarchais. Cette liberté est précieuse. A nous d’être toujours vigilant pour la conserver.

Auteur : Romain Naudin

Romain Naudin est Secrétaire-général et porte-parole de l’Union des Jeunes pour le Progrès (UJP), vice-président des Républicains-Assas en charge des Relations extérieures.

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