Bruno Retailleau : “L’Elysée ne peut prétendre incarner à lui seul l’édifice républicain !”



Intime de l’ancien premier ministre François Fillon, le sénateur Bruno Retailleau préside le groupe Les Républicains (LR) au Sénat depuis 2014 et le mouvement Force Républicaine. Ce dernier occupe un espace politique croissant dans une droite qui poursuit sa reconstruction un an après la « disruption » d’Emmanuel Macron.

Ces derniers temps, Bruno Retailleau s’est habilement imposé comme une personnalité incontournable de la droite française qui pose, avec franchise, des questions incisives sans pour autant susciter d’inimitié. Questions de fond et débat d’idées structurent une démarche que l’ancien président du Conseil régional des Pays de la Loire souhaite voir « contribuer au redressement de (sa) famille politique ».

En première ligne face à « l’hypnose » d’Emmanuel Macron sur le dossier sensible de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes (NDDL) comme sur la réforme constitutionnelle, Bruno Retailleau rappelle qu’il est ouvert à cette dernière à condition qu’elle n’abandonne pas les territoires.

Il dénonce aussi avec force la « violence qui fait reculer l’état de droit » et a récemment qualifié le prochain concert de Médine au Bataclan de « profanation ». Désormais plébiscité au-delà des électeurs de François Fillon dont il défend toujours le programme, Bruno Retailleau a répondu ci-dessous à trois questions de Le Politique :

Interview

Questions posées à Bruno Retailleau par Charles Rault pour Le Politique.

1) Le président du Sénat Gérard Larcher, vous-mêmes ainsi que vos collègues Les Républicains (LR) défendez avec vigueur les prérogatives du Sénat face à la réforme souhaitée par le président de la République Emmanuel Macron. De nombreux Français semblent avoir quelque difficulté à cerner les enjeux de votre combat, pouvez-vous en résumer les grandes lignes et nous dire pourquoi c’est important ?

Je voudrais tordre le cou à cette rumeur que font courir certains, sans doute pour mieux tordre le bras au Sénat : nous ne sommes pas opposés à cette réforme ! Non seulement, nous sommes ouverts et favorables à une modification de la Constitution, mais nous ne nous opposons ni à la réduction du nombre de députés et de sénateurs ni à la limitation dans le temps de leurs mandats. La question qu’il faut se poser, c’est pourquoi une réforme constitutionnelle ? S’il s’agit de mieux faire la loi la réponse est évidemment positive, mais nous demandons deux garanties : une garantie territoriale et une garantie démocratique.

La première garantie que nous défendons est territoriale. Près d’une quarantaine de départements, très majoritairement ruraux, ne disposeraient que d’un seul sénateur quand d’autres – urbains naturellement – en compteraient près de 10 fois plus !

Ce déséquilibre ne permettrait pas d’assurer une présence de proximité, renforçant par là le sentiment d’éloignement au sein de la « France des oubliés ». Le Sénat doit rester le représentant de tous les territoires et ne pas devenir une assemblée des métropoles.

La deuxième garantie que nous défendons est démocratique. Avec ce projet, l’exécutif commande et le législatif exécute : maîtrise quasi-totale de l’ordre du jour par le gouvernement, débats raccourcis, droit d’amendement affaibli, rôle du Sénat considérablement amoindri dans la navette parlementaire… Ce n’est pas notre conception de la Ve République : la présidence de la République doit naturellement rester la clé de voûte de nos institutions mais elle ne peut prétendre incarner à elle seule l’édifice républicain ! Le Sénat tend la main mais pour faire une véritable réforme constitutionnelle plutôt que de défaire l’équilibre sur lequel repose notre Constitution. Il est encore temps.

2) Les territoires ruraux sont les grands oubliés de la présidence Macron et Gérard Larcher a insisté sur le sujet en indiquant que « la question du nombre de parlementaires est liée à la représentation des territoires ». Comment la France périphérique et la France rurale peuvent-elles survivre au rouleau compresseur du « président des villes » dans un contexte de dotations d’Etat drastiquement réduites ?

Il y a une fracture territoriale et force est de constater qu’Emmanuel Macron ne fait que l’élargir en fragilisant tous ceux qui sur les territoires, notamment ruraux, se sentent délaissés voire déconsidérés par le nouveau pouvoir : les élus du quotidien à qui l’on enlève des ressources pour investir avec la fin de la taxe d’habitation, les automobilistes qui vont devoir rouler à 80km/h, les familles qui apprennent les fermetures de classes pour la rentrée prochaine, alors même qu’Emmanuel Macron avait promis de n’en fermer aucune !

Attention à ce qu’en diminuant le nombre de parlementaires après avoir diminué le nombre de régions et même de communes, l’on ne rétrécisse pas l’espace démocratique au détriment de la France périphérique. Moins de parlementaires pour les départements ruraux, c’est moins de poids au Parlement pour faire valoir leurs intérêts et leurs projets. Emmanuel Macron ne peut pas être le Président des seules métropoles !

3) Du terrorisme islamiste à la zone à défendre (ZAD) de Notre-Dame des Landes (NDDL), le gouvernement En Marche ne paraît plus maîtriser efficacement le territoire national. Selon vous, cela résulte-t-il d’un manque de moyens ou d’un manque de volonté politique ? Comment décririez-vous la situation qui prévaut aujourd’hui dans la ZAD et aux alentours ?

Depuis l’abandon de l’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, le gouvernement n’a avancé sur rien. En renonçant à ce projet confirmé pourtant par 175 décisions de justice, Emmanuel Macron a cru qu’il parviendrait à se débarrasser du problème de la ZAD. Il a troqué une paix sociale contre l’aéroport.

Cette stratégie a été un bien mauvais calcul et ce qui se passe aujourd’hui était prévisible. Il n’y a plus d’aéroport et les lieux sont toujours occupés. La violence a fait reculer l’État de droit. Comment alors demander à un délinquant de respecter la loi quand il voit que ceux qui la violent sont les vainqueurs. L’Etat devrait donner l’exemple et faire appliquer la loi partout et en tout lieu. Il ne peut pas y avoir d’exception.

Auteur : Le Politique

Le Politique publie divers articles destinés à susciter le débat politique.

2 réflexions sur « Bruno Retailleau : “L’Elysée ne peut prétendre incarner à lui seul l’édifice républicain !” »

  1. Mr le Sénateur, et il n’est pas seul , à raison mais sera t’il entendu par le pouvoir? On peut très fortement en douter …Le rouleau compresseur Elyséen est en marche..et le président de la République veut par tous les moyens imposer sa loi à lui….et affaiblir toutes les représentations pour faire ce qu’il veut….ses députés suivront (ils se sacrifieront même) ….sans rechigner vraiment.
    Les grandes villes contre les petites et la campagne….diviser pour régner…et faire en sorte que les faibles le restent….et en nombre suffisant …..avec une toute petite représentation pour ne pas le gêner dans ses réformes.
    On se croirait à Rome du temps d’un certain empereur …..
    Souhaitons lui quand même une fin de mandat plus pacifique que celle de ce personnage historique.
    Un coup de pied où je pense suffirait ,cela n’ayant jamais tué personne.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *