Terrorisme et criminalité : pas de maîtrise du territoire, pas de sécurité nationale



Il n’y a besoin ni de « pensée profonde » ni de « pensée complexe » pour comprendre quelques principes simples quant à comment rendre efficace et effective une politique de sécurité nationale.

Si tant est que cette dernière existe encore parmi les responsables politiques et considérant que la « disruption » permanente semble amoindrir voire annihiler toute pensée logique d’Emmanuel Macron dans ce domaine, force est de constater que l’Etat français ne maîtrise plus le territoire national.

D’abord avec les zones dites de « non-droit » voire les « no-go zones » où les services publics ne se rendent désormais plus sans risquer agression, émeutes et embuscades, où des populations entières vivent confinées chez elles et où divers trafics alimentent une vaste économie informelle et motivent une certaine régularité homicide.

Ensuite avec les frontières qui in concreto n’existent plus et par lesquelles des milliers d’individus dont on ne sait guère – souvent pas même le véritable nom ou l’âge – entrent en France et n’en repartent plus. Masculins et jeunes à 95%, parmi eux se trouvent une majorité de « migrants » dits économiques et alors que n’importe quel européen n’aurait pas l’idée de passer une frontière sans carte d’identité, il paraît finalement plus aisé de les passer sans aucun papier du tout.

La libre-circulation des personnes est certes un vecteur de prospérité économique, culturelle concernant les individus en situation régulière mais elle est aussi le meilleur vecteur de prospérité criminelle et/ou terroriste concernant des individus en situation régulière et/ou irrégulière animés de projet à fin de bande criminelle et/ou terroriste.

Dans ce contexte européen de désarmement général post-guerre froide et de libéralisation tous azimuts ont prospéré des menaces que les traités européens certes fondés sur de très louables ambitions n’avaient pas anticipées. A mesure que l’Europe devient une prison à ciel ouvert pour ses habitants finançant et subissant des mesures de sécurité exceptionnelles, sommés de « s’habituer » selon Emmanuel Macron au terrorisme, la passoire Europe est devenue la plus grande et la plus lucrative zone opérationnelle des criminels et des terroristes.

Avec des effectifs en augmentation significative chaque année, ils arrivent au point du basculement démographique à savoir que les individus les plus dangereux parmi eux surpassent probablement les capacités opérationnelles des services de renseignement, de police et de gendarmerie pour les veiller efficacement.

S’ensuit non seulement une incapacité structurelle à contrôler les flux entrants et sortants, mais aussi désormais une incapacité à surveiller le territoire national d’où le développement potentiellement gravissime à terme de la menace terroriste endogène puisque l’Etat paraît avoir abandonné tout espoir de contrôler son homologue exogène considérant ses obligations européennes.

En quelques années, la France a donc perdu la maîtrise de son territoire, ignore qui est et qui n’est pas sur son sol, ne dispose d’aucune information valable sur l’identité et/ou les intentions d’au moins plusieurs dizaines de milliers d’individus y circulant librement, souffre de points d’aveuglement qui pourraient s’avérer fatals dans le cas où ceux-ci concerneraient des terroristes « revenants » expérimentés.

La tactique de débordement – et des « milles entailles » – souhaitée par l’Etat Islamique (EI) et cie semble avoir porté ses fruits puisque le gouvernement s’évertue à ne traiter que les conséquences – gestion et communication de crise – mais pas véritablement les causes – décèlement précoce et traitement en amont.

Et ce peut-être même pas par manque de volonté politique mais par réalisation que les moyens de l’Etat sont désormais insuffisants – en effectifs opérationnels comme analytiques – pour traiter efficacement une menace exponentielle dans le cadre strict de l’Etat de droit et surtout de la « justice » européenne devenue une véritable entreprise de démolition de la lutte contre le terrorisme.

Parce que l’Etat français ne maîtrise plus son territoire, tant à l’intérieur qu’à ses frontières, l’Etat français n’a plus de sécurité nationale réelle et effective. Dans un contexte de menace augmentée, le démontage des structures régaliennes – frontières, contrôle aux frontières, immigration contrôlée, renseignement généraux – constitue une lacune immense et un avantage certain pour ceux qui souhaitent susciter la « conflagration » dans notre République désarmée.

Malgré le travail efficace des services de renseignement, les effectifs employés semblent désormais insuffisants et considérant le temps nécessaire pour former de nouveaux personnels compétents, considérant l’absence de réalisation au sommet de l’Etat que la maîtrise intégrale du territoire national doit être reconstruite en très grande urgence, la France prend le risque de vivre un futur proche extrêmement douloureux.

Auteur : Charles Rault

Charles Rault est analyste et s'intéresse aux questions internationales et politiques.

Une réflexion sur « Terrorisme et criminalité : pas de maîtrise du territoire, pas de sécurité nationale »

  1. Cela fait pas mal de temps que le recul sécuritaire a été engagé….les mots ont remplacé les actes…la dérive s’accentue..et notre président regarde ailleurs…laissant son ministre de l’intérieur impuissant à redresser la situation….d’autant qu’il manque de moyens .;mais aussi et surtout de convictions réelles….Lui aussi use et abuse des “mots” pour couvrir les “maux”….
    Le “baratin” a toujours été le point fort des hommes politiques….pour rouler dans la farine le citoyen.
    Sur ce plan rien n’a changé sinon en pire….
    Viendra le temps ou le citoyen devra réagir par lui-même mais ce sera sans doute trop tard.
    .Notre colonisation est en marche…certes personne n’y croit ..les plus grands dangers ne sont pas ceux qui font la une des journaux loin de là…….Il convient d’urgence de relire l’histoire du cheval de Troie..Nous la vivons sous une autre forme. évidemment ….mais bien visible pour qui ose regarde le danger en face… Elle s’écrit chaque jour davantage…et nos responsables politiques de nous endormir.;tout va bien..faisant preuve d’une légèreté notoire notamment sur le plan sécuritaire.
    Comme dans beaucoup de domaines on traite les effets ,avec plus ou moins de réussite d’ailleurs, les causes étant trop souvent ,volontairement ou non, ignorées…donc jamais traitées sérieusement.
    Les probabilités augmentent chaque jour en notre défaveur….le temps aidant elles risquent de se transformer en certitudes, car la part du hasard dans cette progression s’amenuise au fil du temps. justement jusqu’à devenir infinitésimale…

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