Immobilier : la botte secrète de Macron pour récupérer le triple A ?



Rappelez-vous ce 13 janvier 2012 quand la majorité des médias avait descendu en flammes le président Nicolas Sarkozy. La France venait de perdre son triple A auprès des agences de notation, ces mêmes agences qui avaient noté AAA les fameux subprimes dont certaines tranches étaient en fait des prêts toxiques et en défaut, découlant sur la pire crise financière de l’Histoire.

Selon Le Monde, cet abaissement de la note de la France était alors un désaveu de la politique de Nicolas Sarkozy qui avait pourtant réussi à contenir mieux que de nombreux autres pays développés les effets de la crise financière mondiale de 2008 puis de la crise de la dette souveraine européenne de 2011.

Des années plus tard, après le quinquennat « perdu » de François Hollande, l’ancien conseiller et ministre de ce dernier, Emmanuel Macron, préside la France.

Ayant gagné par la communication politique et sur la base d’un programme présidentiel profondément lacunaire – comme l’impossible promesse « d’économies » pour compenser la fin de la taxe d’habitationEmmanuel Macron estime que l’adoubement des marchés financiers et le strict respect des critères de Maastricht correspondent à l’assainissement de l’économie nationale.

Pourtant, et quand bien même c’est plutôt positif d’un point de vue comptable, le passage du budget public français en-dessous des fameux 3% de déficit impacte négativement les Français, en particulier les classes moyennes. Augmentation drastique de la pression fiscale à un niveau record historique – et mondial, hausse des taxes sur les carburants, déremboursement de médicaments, ponction sur les résidences secondaires, les contribuables français sont littéralement étranglés par un président contradictoirement présenté dans les médias comme un « libéral ».

En fait de libéral, Emmanuel Macron applique une politique ultra-libérale qui est au capitalisme ce que le communisme est au socialisme, à savoir un extrémisme. Clefs de voûte de sa politique de mise en conformité, la refonte de la fiscalité locale et l’attaque en règle du patrimoine immobilier cachent un ou des objectifs difficiles à cerner tant elles sont contreproductives et désastreuses pour ces classes moyennes qui sont le moteur de l’économie nationale.

En ne supprimant pas la taxe d’habitation et en créant une « surtaxe foncière » – autrement appelée « super-taxe foncière » – pour les résidences secondaires, Emmanuel Macron pousserait les propriétaires immobiliers à vendre leurs biens selon un processus en cinq temps (1):

1) L’offre s’accroît progressivement tandis que la demande répond positivement mais de plus en plus lentement.

2) La demande se raréfie et des millions de propriétaires venus s’ajouter à l’offre subséquemment à la hausse de la pression fiscale restent malgré eux propriétaires d’un bien dont ils ne veulent plus.

3) Des groupes d’investissement immobilier et/ou financier acquièrent à bas prix les biens au meilleur potentiel tandis qu’une part majoritaire de l’offre demeure en souffrance d’une demande presque totalement anémiée.

4) Considérant que les vendeurs n’ont d’autre choix, hormis vendre à vil prix, que de conserver leurs biens, ces derniers deviennent alors une source de recettes fiscales sûres et durables.

5) Prenant en compte ce nouvel ajout de certitude fiscale et budgétaire portant sur la dernière ressource disponible – l’immobilier – tant l’impôt a tué l’impôt par ailleurs (2), les agences de notation redonnent le triple A à la France.

Selon diverses projections, cette hypothèse pourrait se concrétiser dans la dernière année du mandat d’Emmanuel Macron voire en janvier 2022 soit pile 10 ans après l’abaissement de la note sous Nicolas Sarkozy (3). Ceci dans l’objectif de convaincre les Français que « la France va mieux » car elle a récupéré la confiance totale des marchés financiers et de gagner un second mandat présidentiel dans la foulée.

Fut-ce au prix de la propriété immobilière et d’une confusion dommageable et erronée entre satisfecit de la grande finance et bonne santé économique de la France, Emmanuel Macron pourrait bien élaborer cette tactique typique et conforme d’une « disruption active et séquencée ».

Quand la France récupèrera son triple A et qu’Emmanuel Macron s’en arrogera la paternité, rappelez-vous ce texte et le prix faramineux payé par les classes moyennes propriétaires de biens immobiliers.

Notes

(1) Ceci n’est qu’une hypothèse mais elle est cohérente et plaidable d’un point de vue analytique et recèle un véritable potentiel explicatif de la politique fiscale d’Emmanuel Macron.

(2) Un bien immobilier et/ou foncier ne peut pas être expatrié dès lors l’immobilier est comme une source quasi-inépuisable de recettes fiscales en fonction des impératifs et des objectifs du gouvernement. Considérant que la pression fiscale est déjà maximale sur l’écrasante majorité des actifs des contribuables, l’immobilier constitue la « dernière frontière ».

(3) Ou encore plus tôt en fonction du timing politique.

Auteur : Charles Rault

Charles Rault est spécialiste de l'information, fondateur de Le Politique.

3 réflexions sur « Immobilier : la botte secrète de Macron pour récupérer le triple A ? »

  1. C’est plausible, mais comment Macron peut-il espérer être réélu en 2022 après avoir appauvri les français modestes qui sont tout de même majoritaires en France. Je ne pense pas que la récupération du triple A les intéresse s’ils doivent en payer ce prix. En tout état de cause, ce serait mon cas.

  2. Le jeu de bonneteau continue en mode accéléré!!!
    Macron augmente la dépense publique alors il faut bien trouver des compensations et ce n’est pas l’augmentation du PIB qui va compenser l’augmentation de la dépense publique! Alors il augmente taxes et impôts!!! Et ensuite certains oseront affirmer que Macron fait une politique de droite!!! de droite marxiste oui.

  3. Propriétaires préparez vous à payer..pour votre résidence principale et/ou secondaire….Vous imaginez le nombre de propriétaires concernés ? En sus des particuliers, les sociétés immobilières de toutes sortes seront elles aussi concernées ..logiquement……car tout locataire à un propriétaire..
    En ne touchant pas au taux de la taxe… mais au revenu cadastral enfin mis à jour “à la hausse “et quelle hausse!..la récolte va être prolifique…et notre ministre des finances se réjouira publiquement de la chose évidemment.
    Astucieuse la méthode….ce seront les collectivités qui porteront ainsi le chapeau…. les promesses d’économies dans les services publics risquant fort d’être très restreintes …et certaines oubliées en cours de route..il faut bien trouver l’argent quelque part…Nous allons vivre des moments très intéressants sur le plan de la démocratie “participative”..telle qu’imaginée par le président et son équipe…Bonjour l’ambiance!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *