Présidentielle 2022 : la victoire de la droite ne viendra que de sa révolution



La droite est certes majoritaire mais elle reste inaudible et impuissante. La droite au sens large paye avec Emmanuel Macron le prix de sa politesse excessive, de sa courtoisie naïve et de son aveuglement cognitif depuis des décennies, à l’exception notable de Nicolas Sarkozy dans une certaine mesure. La droite a beau être majoritaire dans les esprits, elle échoue à conquérir les cœurs. Non pas qu’Emmanuel Macron arrive à les convaincre, sauf si l’on inclue les centristes dans la droite, puisque le gros des abstentionnistes est de droite depuis 2012.

La victoire politique ne relève d’aucune complexité fondamentale : un bon discours, des soutiens médiatiques de masse, une promesse intenable et du jour au lendemain, vous voilà président de la République. Le même phénomène se vérifie partout ou presque, ce n’est que rarement celui qui a raison qui gagne à la fin mais celui qui saura conjuguer le meilleur équilibre entre exposition médiatique, marketing politique et communication personnelle. L’ancien président américain Barack Obama en est un cas d’école, prix Nobel de la paix avant même son entrée en fonction, son bilan international après 8 ans de mandat s’avère pourtant discutable.

La politique en France n’est, elle aussi, désormais plus que sophistique où persuader plus que convaincre, user du pathos, du logos et de l’eros suffit à se faire passer pour sage alors qu’au fond tout sonne faux. 98% des médias louent Emmanuel Macron en permanence, les sondages l’annoncent comme nouvelle idole de la droite, et les ristournes obtenues par En Marche sont « acceptables » alors qu’elles auraient invalidé n’importe quelle élection de tout autre candidat. Parce que la droite n’appartient pas à ce « camp du bien » et n’y appartiendra jamais, plutôt que de tout tenter pour en faire partie doit-elle enfin assumer son destin ou périr.

La droite ne doit plus guère attendre d’un système où tout est permis pour assurer la reproduction à l’infini d’un « camp du bien » minoritaire, des médias dits « de service public » payés par tous les Français pour ne servir que la parole d’une minorité privilégiée ou encore d’une cour constitutionnelle qui est aussi indépendante que la Pologne fin septembre 1939. La droite est vaincue car elle n’assume pas son sort et attend que l’adversaire lui livre des armes pour vaincre ; elle attendra éternellement.

Pas de soutien médiatique de masse ? La droite doit s’activer tous azimuts pour construire, financer et développer son média de masse. Ses parlementaires doivent exiger, chaque jour, chaque heure, chaque minute, l’imposition légale d’une stricte égalité médiatique sur la TNT. La droite doit inaugurer ses propres institutions académiques puisque celles existantes, de la science politique au journalisme, ne recrutent que des élèves identiques à leurs professeurs c’est-à-dire au mieux « progressistes » et surtout « de gauche ».

La droite doit rompre avec les scrupules que ses adversaires n’ont jamais eus. Quand un élu de droite est agressé ou qu’une permanence électorale de droite est saccagée, la « République » est totalement absente. Face à tel scandale, un tweet ou un communiqué est profondément insuffisant. La droite doit cesser d’être un conciliabule tranquille au coin du feu et battre enfin le pavé pour exiger en France une véritable démocratie où les libéraux et les conservateurs ont autant de droits que les autoproclamés progressistes et leurs camarades socialistes, où le mode de scrutin est véritablement représentatif et non un simulacre démocratique.

Dans un pays où sur 26 chaînes de la TNT, aucune n’est de droite. Dans un pays où malgré une explosion des impôts, de l’insécurité et de l’immigration massive, on vous affirme que la droite est ravie d’Emmanuel Macron. Dans un pays où François Fillon fut assassiné politiquement sans jugement par les mêmes qui tournaient la tête lorsqu’un autre candidat déviait sérieusement.

Dans un pays où 98% des journalistes, des chroniqueurs, des auteurs, des « artistes », des « comiques », des sondagiers votent tous « progressiste », sommes-nous en France ou en URSS ? Dans un pays où le terrorisme, l’antisémitisme, l’islamisme, l’extrémisme se développent tous azimuts là où une simple opinion dissidente de droite républicaine est réprimée, censurée, effacée dès lors qu’elle est argumentée, sommes-nous encore au pays de Voltaire ?

Dans un pays où la moindre critique de la Macronie est dénoncée comme un crime alors que des milliers de concitoyens sont agressés voire assassinés par une délinquance hors-limite, sommes encore en pays civilisé ? Dans un pays où seule la foi « progressiste » est admise et quiconque pense autrement serait un dangereux fasciste, sommes-nous encore libres de penser ?

La droite connaît la réponse, c’est non. Parce que vivre sous le joug d’une pensée unique dans un pays qui se délite et d’une République qui court un grand danger n’est pas une option, il n’y a pas d’alternative pour la droite que d’enfin faire sa révolution. Médias, éducation, instruction, organisation, militantisme, dimensions, la droite doit se reconstruire entièrement et à long terme si elle souhaite gagner puis gouverner effectivement. La droite doit se libérer car sa victoire ne viendra que de sa révolution.

Auteur : Charles Rault

Charles Rault est spécialiste de l'information, fondateur de Le Politique.

3 réflexions sur « Présidentielle 2022 : la victoire de la droite ne viendra que de sa révolution »

  1. Bonjour. C’est tout à fait cela. Nous le disons et le répétons. J’ai lu hier que les LR et notamment L Wauquiez travaillaient sur le terrain dans les cantons pour reconstruire la droite et que la communication était faite quotidiennement par les porte-paroles . Mais ce n’est pas suffisant car les mainstream médias ne font que du Macron à outrance. Qu’un pays démocratique en soit arrivé là est effrayant.

  2. Pour ce qui concerne les médias, j’ai eu la surprise hier d’entendre au 20 h de la UNE, le sémillant présentateur affirmer à propos de l’anniversaire de l’élection du Président qu’il avait recueilli 66 % des suffrages ! Voilà bien un mensonge éhonté et qui ne doit rien (en principe) au service public ! Ces journalistes qui trahissent la vérité en en dissimulant les contours, les abstentionnistes, les votes blancs et les nuls ! Ne reste pas 66 % du corps électoral ! Un peu d’honnêteté seulement ne nuirait pas.

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