Bruno Le Maire, Gérald Darmanin, Aurore Bergé : que vaut la confiance en politique ?



Le thème de la « confiance » en politique ou plutôt de la « défiance » entre les personnalités politiques et les électeurs est un thème pertinent, récurrent des politologues. Elus sur des promesses, la confiance se délite à mesure que les électeurs découvrent qu’elles n’engagent bien souvent que ceux qui y croient.

Le thème de la « constance » politique y est étroitement associé et on remarque d’ailleurs que celle-ci – au plus haut niveau de la scène politique française – est une qualité rare qui se traduit souvent par quelque surprise à l’instar de François Fillon gagnant largement la primaire de la droite et du centre ou encore d’Emmanuel Macron assumant son passé de « banquier » et gagnant ensuite l’Elysée.

A contrario, des acteurs moins importants ne peuvent guère s’en prévaloir et cela pourrait bien entamer leurs chances d’un avenir politique radieux, comptent parmi eux Bruno Le Maire, Gérald Darmanin et Aurore Bergé. Transfuges de la droite et du centre, ex-encartés des Républicains (LR), ils sont actuellement des cas que pourraient étudier en travaux dirigés les étudiants en science politique.

La comparaison entre leurs affirmations passées et leurs choix politiques d’aujourd’hui concernant la Syrie illustre pleinement pourquoi le fossé se creuse entre politiques et citoyens, entre gouvernants et gouvernés.

« Présider la République, c’est s’engager en Syrie, » déclarait le candidat à la présidentielle François Hollande en janvier 2012. Affirmation à laquelle l’ex-sarkozyste, ex-juppéiste et même ex-filloniste présumée mais désormais députée macroniste Aurore Bergé rétorquait, interrogative, « même sans mandat de l’ONU ? » Elle réitérait en septembre 2013 en parlant de « preuve que personne n’a il me semble » lorsqu’Hollande devenu entretemps président affirmait que « le gazage était dû à Bachar el-Assad ».

Un mois avant, Gérald Darmanin désormais ministre macroniste estimait « qu’intervenir militairement en Syrie à la suite des Etats-Unis en dehors des Nations unies est le contraire de ce que la France a fait en Irak ». Ce même jour d’août 2013, il ajoutait qu’avant un tel engagement, « le président Hollande devrait convoquer et demander son avis au Parlement ».

Mieux encore, il y a seulement un an et demi en novembre 2016, Bruno Le Maire désormais lui aussi ministre d’Emmanuel Macron écrivait « qu’il y a 13 ans » – lors de l’invasion de l’Irak par les Etats-Unis en 2003 et alors que le président Jacques Chirac s’y était opposé – « la France était respectée et non sous influence. Elle faisait entendre sa voix à toutes les Nations à l’ONU. »

Maintenant qu’en ce mois d’avril 2018 le président Emmanuel Macron a fait intervenir les forces armées françaises en Syrie, sans mandat de l’ONU et sans présenter à la communauté internationale – et apparemment de même avec les parlementaires français – les preuves qu’il affirme détenir, quelle « confiance » politique les électeurs peuvent-ils accorder à Bruno Le Maire, Gérald Darmanin et Aurore Bergé ?

Que leur opinion varie, que leurs convictions se renforcent ou se modifient est une évolution naturelle du débat intellectuel et politique. Mais que leurs positions sur un sujet aussi difficilement tangible que le respect du droit international ou l’information du Parlement varient à 180 degrés en si peu d’années explique fort bien pourquoi le fossé, déjà béant, grandit toujours plus entre les politiques et les Français.

Si la politique est En Marche, la parole politique demeure, elle, en panne de crédibilité et de sincérité. A telle (dé-)cadence, le « populisme » devrait donc avoir de beaux jours devant lui.

Auteur : Charles Rault

Charles Rault est spécialiste de l'information, fondateur de Le Politique.

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