L’action militaire occidentale en Syrie relève de la “dissuaction”, montre l’incapacité de l’ONU



Une nouvelle fois, il faut se féliciter de la réponse coordonnée des Etats-Unis, du Royaume-Uni et de la France, pour les frappes parfaitement ciblées sur des objectifs de la Syrie de Bachar el-Assad. Il ne sert à rien de se lamenter sur le lait renversé, depuis 2013, après le renoncement de Barack Obama même si pour une large majorité du peuple syrien, la facture de ce conflit reste lourde, trop lourde.

En revanche, il convient de souligner, une fois encore, l’impuissance de l’ONU et de son Conseil de Sécurité, où 5 membres permanents disposent d’un droit de veto, dont la Russie use et abuse largement, notamment sur la question syrienne.

Il ne fait aucun doute que la Russie et l’Iran vont manifester bruyamment, par tous les canaux possibles, leur vif mécontentement. La Turquie va être plus embarrassée car l’OTAN, dont elle est membre, a rapidement marqué sa solidarité avec les trois Etats qui ont procédé aux frappes.

Il semble que le seul moyen de rétorsion dont ces mécontents pourraient user, serait d’accentuer la pression sur Israël avec, par exemple, la question des réfugiés palestiniens dont la “marche du retour” – déjà plus de 16 morts – a commencé il y a 15 jours et doit continuer encore 3 semaines. Est-ce vraiment un hasard de calendrier ?

Le 7 avril 2017 et suite à une première frappe militaire du président Donald Trump contre la Syrie, l’auteur écrivait :

Il faut se féliciter de la réponse du président des Etats-Unis, Donald Trump, qui a bombardé la base syrienne, d’où avaient décollé les appareils de la frappe chimique, il y a 72 heures. C’est une application concrète du concept que j’ai baptisé “dissuaction” (1) qui comprend trois volets militaires, en complément de la dissuasion nucléaire, dite “prévention” entre Etats rivaux.

Les trois volets de la “dissuaction” (2) sont : “l’inhibition” pour la non-guerre des étoiles ; “l’ingérence” pour contrôler la prolifération nucléaire ; et, enfin, “la persuasion” face à des menaces terrorisantes. Il s’agit bien de ce dernier volet qui donne tout son sens à la frappe américaine : elle constitue un réel avertissement pour Bachar el-Assad.

C’est aussi un message fort pour le peuple syrien – déjà durement frappé lors du Printemps arabe – qui doit aussi se prendre en charge pour revenir à un régime plus démocratique, malgré le parti unique Baas. La Russie post-soviétique de Vladimir Poutine a bien compris le sens de cette frappe : les Etats-Unis vont reprendre toute leur place sur la scène internationale. Le souvenir de 2013, avec Barack Obama, a laissé un goût amer à la France !

Il revient désormais à l’ONU de revoir son organisation et ses procédures de fonctionnement, issues de la guerre froide ou “non-guerre” avec l’équilibre de la terreur, pour tirer, enfin, les conséquences de l’effondrement du monde soviétique, et du 11 septembre 2001 avec “le terrorisme de masse” selon Tony Blair. Sinon “le machin”, selon Charles de Gaulle, sera vite définitivement obsolète.

Notes

(1) Le néologisme “dissuaction” vise à sortir du “tout ou rien” de la dissuasion nucléaire dite “de non-emploi” où seule la menace suffit : elle est, en quelque sorte, “l’emploi du non-emploi”.

(2) “DEA de Sécurité internationale et Défense” – Conflits internationaux et Séminaire de dissuasion nucléaire – Université Jean Moulin de Lyon III et Université Pierre Mendès France de Grenoble II – 1999-2000.

Auteur : Francis Demay

Francis Demay est Saint-Cyrien et Colonel (er), ancien de la MMFL et de la DGSE.

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