A quoi bon l’Etat d’urgence si l’Etat ne maîtrise plus son territoire ?



« Cette loi nous permettra de sortir de l’Etat d’urgence à compter du 1er novembre tout en assurant pleinement la sécurité de nos concitoyens, » a déclaré le président de la République Emmanuel Macron le 30 octobre 2017 à l’Elysée, entouré du ministre de l’intérieur Gérard Collomb et du porte-parole du Gouvernement, Christophe Castaner. Ce dernier a d’ailleurs indiqué sur Twitter « lever l’Etat d’urgence, oui. Mais, ne jamais baisser la garde ! »

Alors qu’il y a bientôt deux ans dans 14 jours sera-ce l’anniversaire des plus meurtriers attentats islamistes qu’ait connus la France, la droite estime qu’Emmanuel Macron et son gouvernement prennent un véritable risque à mettre fin à l’Etat d’urgence alors que la menace terroriste, de l’aveu même des personnels en charge de notre sécurité, n’a jamais été aussi grave. Un même constat est d’ailleurs partagé chez nos voisins belges, allemands et britanniques.

Cependant à l’Elysée est-on confiant que le récemment voté projet de loi antiterroriste apporte les outils adéquats pour lutter efficacement contre le terrorisme tout en permettant la levée de l’Etat d’urgence. Si beaucoup s’inquiètent, cette levée ne change en fait que peu de choses à la situation générale et gravement détériorée de la sécurité nationale.

En effet, en plein Etat d’urgence, Le Politique a pu constater qu’en dépit des annonces gouvernementales, les contrôles frontaliers étaient largement inexistants et que des points frontières pourtant classés « prioritaires » pouvaient être franchis en voiture, à vélo, à pieds et même à skateboard sans que jamais quelque autorité publique ne pose la moindre question. Aussi, l’entrée chaque jour sur le territoire et pendant toute la durée de l’Etat d’urgence de centaines – voire de milliers – d’individus dont on ne sait absolument rien et dépourvus de tout moyen fiable d’identification a montré qu’il ne suffit pas de déclarer l’Etat urgence pour qu’il soit effectif et concret.

Plus proche d’un effet d’annonce puisque que la crise migratoire a montré l’incapacité de l’Etat à maîtriser son territoire, fondement de toute sécurité nationale efficace, peut-être était-il enfin temps de terminer un Etat d’urgence aussi peu valable que des contrôles aux frontières dont des millions de Français ont pu constater, sur la route, dans les gares ou les aéroports, combien ils étaient « discrets », de fait le plus souvent inexistants.

Après deux ans d’Etat d’urgence ou presque, force est de constater que n’importe qui est libre d’aller et venir en France – imaginez donc pour des individus hostiles et organisés – que des lieux ouvertement hostiles sont non seulement toujours ouverts sur notre territoire mais étendent leur présence et que les lois de la République ont tout bonnement disparu de certains endroits.

Le territoire français est devenu un véritable bazar où n’importe qui, du terroriste « revenant » d’Irak-Syrie qui perçoit les allocations familiales au prêcheur le plus extrémiste, est libre de venir démolir la République. Il n’y a eu d’Etat d’urgence qu’en matière judiciaire, mais clairement pas suffisamment en matière de sûreté du territoire, gâchant deux années que le peuple Français – « ceux qui ne sont rien » – pourrait chèrement payer à l’avenir.

Pour bien prendre la mesure de la problématique, sachez qu’en plein Etat d’urgence, des centaines de « revenants » sont revenus en France et selon Gérard Collomb, une centaine vit même libre malgré leur engagement volontaire contre la France. Même décrété, l’Etat d’urgence n’amoindrit donc pas le degré d’inconsistance de ceux qui, bien protégés, vous assure que vous l’êtes aussi. Traiter seulement les effets ne réduit pas les causes, bien au contraire.

N.B. : Ce texte n’est pas une critique des organes en charge de notre sécurité nationale mais de l’incompréhensible politique qui consiste à lutter contre le terrorisme en laissant béantes des failles qui, au final, en facilitent la propagation voire la concrétisation.

Auteur : Le Politique

Le Politique publie divers articles destinés à susciter le débat politique.

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