L’analyse du questionnaire Les Républicains (LR) semble erronée



Environ 250.000 adhérents et militants Les Républicains (LR) ont été invités à répondre à un questionnaire en ligne en vue de la « refondation » du parti, fragilisé après sa défaite aux dernières élections présidentielle et législative. Sur la base de 27 questions réparties en 4 thèmes, les « ténors » ont voulu prendre le pouls d’un électorat sonné tant la défaite fut rude et le sentiment d’injustice très vif.

La conclusion principalement retenue par les médias comme par la direction du parti est que 70% des adhérents ne voudraient plus de primaire « ouverte » à l’instar de celle qui vit en novembre 2016 François Fillon vaincre Alain Juppé avec deux fois plus de suffrages.


Le problème avec ce type d’enquête peut s’avérer double, d’abord les données peuvent-elles être « corrompues » par leur mode de collecte et par l’input (questions) qui génère l’output (réponses), ensuite par la capacité et la qualité des personnes comme des outils qui les exploitent. Prenons comme exemple l’affirmation propagée par plusieurs élus LR – et pas des moindres – selon lesquels les « socialistes » auraient participé au choix du candidat LR pour l’élection présidentielle 2017.

A les lire croirait-on – mais peut-être a-t-on mal compris – que François Fillon n’aurait pas été le candidat si les « socialistes » n’avaient pas voté mais aussi – par extension – que l’élection présidentielle aurait été gagnée par LR si la primaire ouverte n’avait pas eu lieu. Pour avoir sondé les données du début de ladite primaire jusqu’à la fin des élections législatives, peut-on affirmer que ces deux conclusions sont probablement erronées.

D’abord, François Fillon a recueilli un profond et vaste soutien des électeurs de la droite – et même du centre – et les votes « socialistes » ont probablement plus réduit son score qu’ils ne l’ont augmenté. Dès lors, François Fillon ne doit sa victoire à la primaire qu’à une campagne bien menée qui a certes rassemblé plus profondément à droite qu’au centre.


Aussi, l’ouverture de ladite primaire a-t-elle permis de susciter l’intérêt des électeurs pour LR jusqu’au moins l’élection présidentielle, donnée fondamentale à partir de laquelle peut-on considérer que si François Fillon n’avait pas porté une candidature aussi « constante », le score de LR à la présidentielle aurait pu être inférieur à ce qu’il a été.

En somme, François Fillon – surtout en considération du contexte séquencé l’ayant opportunément visé – n’a pas démérité. Ensuite, la défaite de LR à l’élection présidentielle a plus résulté d’un manque de cohérence et d’unité – voire « d’esprit d’équipe » – tant dans les idées que dans les personnes que du candidat, et ce même si ce dernier avait été une personnalité autre que François Fillon.

Si les idées étaient « bonnes », l’incapacité à se battre à « armes égales » tant à cause de lacunes internes à LR que d’un manque certain de réalisme face à des circonstances proprement inacceptables – telles l’inégalité médiatique érigée en système ou encore l’opportune opération d’information visant François Fillon – ont scellé la défaite bien plus que le candidat lui-même, quand bien même porte-t-il aussi bien sûr quelque responsabilité.


La responsabilité est donc bien plus endogène à LR et fonder les raisons de la défaite sur un postulat exogène constitue une erreur analytique d’ampleur qui pose question quant à la capacité des Républicains (LR) à se refonder. La collecte de données n’a guère de valeur si ces dernières sont soit interprétées au prisme de la politique et/ou sont tout simplement mal exploitées.

Pour conclure, précisons que ces lignes visent à susciter un débat utile et sont écrites d’un point de vue d’analyste et donc sans parti-pris politique spécifique ; enfin avoir raison ou plaider avoir raison n’est pas convaincre et c’est probablement là le « pire défaut » du parti. Ultimement, partir d’un postulat erroné fausse l’analyse et tout ce qui s’ensuit.

Auteur : Charles Rault

Charles Rault est spécialiste de l'information, fondateur de Le Politique.

8 réflexions sur « L’analyse du questionnaire Les Républicains (LR) semble erronée »

  1. Comment peut-on ne pas évoquer, pour expliquer la défaite de François Fillon, la seule et unique cause à savoir: l’affaire Pénélope Fillon et son exploitation médiatique. On voudrait nous faire croire que c’est à cause des rats qui ont quitté le navire que celui-ci a coulé alors qu’évidemment c’est parce qu’il coulait que les rats l’ont quitté ?

  2. Je suis tout à fait d’accord avec votre analyse. Je m’étais posée la même question sur le lien fait entre les votants socialistes et la victoire de Fillon.

  3. Je partage l’analyse de l’auteur. Certes les attaques, par l’intermédiaire des médias, envers Fillon n’avaient d’autres buts que celui d’entacher son image et donc sa capacité à convaincre lors de la présidentielle. Comme le décrit aussi l’auteur, cette élection a mis au grand jour l’état de désordre et de dispersion dans lequel était les “grandes figures” du parti. Fillon n’a pas été soutenu comme il l’aurait dû l’être en étant le candidat d’un des plus grand parti de France.
    Alors en effet, la cause est plus à l’intérieur du parti qu’à l’extérieur, la scission avec les “constructifs” en est la preuve flagrante et l’angle pris pour analyser les résultats de la consultation semble montrer que le malade n’a pas encore conscience de sa maladie.
    Concernant Fillon, force est de constater deux choses : Premièrement, on entend plus parler des affaires (qui n’en sont pas) preuve que les actes délictueux qui lui sont reprochés ne le sont pas tant que cela (CF le cas Sarkozy). Deuxièmement, et c’est la qu’on peut se rendre compte du gâchis, chaque jour qui passe montre que Fillon avait finalement raison à la fois dans son diagnostic et dans le programme qu’il a mis en place pour le traiter.

    La seule chose à faire, maintenant, chez les Républicains c’est de prendre en considération le formidable héritage qu’a légué Fillon avant sa “mort” politique, héritage matérialisé par son programme, et d’être à la fois lucide et courageux sur la situation du parti pour admettre que c’est le remède à sa maladie.

    Vont-ils l’être, courageux et lucide ? Rien est moins sûr, mais des personnes comme Florence Portelli portent des motifs d’espoir.

    1. Absolument d’accord avec cette analyse à l’heure où la “tendance” est à charger encore aujourd’hui (!) François Fillon et son programme. Le courage manque encore…

    2. Ce sont les “frères trois points” de droite comme de gauche qui ont coulé François Fillon. Tant qu’ils seront aux manettes la France ne s’en sortira pas.

  4. A voir le renouveau des messages de support à François Fillon sur les réseaux sociaux (en particulier Facebook), on peut même se demander si son retour n’est pas pour bientôt.
    Personnellement, cette perspective me réjouirait particulièrement!

    1. En grande partie d’accord avec cette analyse. Je pense que LR n’a pas, dans ses rangs, quelqu’un capable de prendre la suite de FF. Pas le courage de reprendre in extenso son programme seul, me semble-t-il, apte à remettre les choses en ordre pour la France. Du courage, du courage, Messieurs!

      1. Seul Laurent Wauquiez a le courage, la ténacité, l’énergie, la lucidité, l’intelligence , des convictions de Droite enfin !!! pour reprendre le flambeau et redresser le parti légitime LR défiguré par une guerre de chefs égocentriques ne pensant qu’à leurs ambitions personnelles et non à l’avenir de la France !
        Laurent Wauquiez va être élu démocratiquement par la majorité des militants …ce choix doit être respecté par tous.
        Nous devons nous rassembler derrière LW pour défendre nos convictions de Droite , pour être l’opposition forte, que nous avons besoin aujourd’hui, à la pensée unique.
        Y aura t- il assez d’intelligence pour l’aider à reconstruire le parti LR dans sa tâche difficile ???
        Relevons le défi ….

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