Sur la Corée du nord, l’Europe doit anticiper et non critiquer



Les tensions entre les Etats-Unis et ses alliés asiatiques d’un côté et la Corée du nord de l’autre sont suffisamment vives pour ne pas ajouter d’inutiles tensions à une situation qui pourrait dégénérer en « guerre » d’un moment à l’autre.

Quoique l’on pense du président américain Donald Trump, a-t-on remarqué qu’à l’occasion de son premier discours devant l’Assemblée générale des Nations unies (ONU) à New York, de nombreux médias ont principalement retenu qu’il a menacé la Corée du nord de destruction totale.


Considérant que cette affirmation prête délibérément à confusion afin probablement de lui attribuer une fois encore quelque velléité belliciste et d’avoir le plaisir non dissimulé de le critiquer, la traduction exacte des mots qu’il a prononcés se lit comme « les Etats-Unis ont une grande force et patience, mais s’ils sont forcés de défendre eux-mêmes ou leurs alliés, nous n’aurons pas d’autre choix que de totalement détruire la Corée du nord. » (1)

Dès lors note-t-on la condition qui précède l’usage de la force, notoirement oubliée par nombre de médias, et aussi qu’une telle menace de destruction totale n’est ni inédite – rappelons la Mutual Assured Destruction (MAD) doctrine de la guerre froide – ni « gratuite. »

En effet et depuis la guerre de Corée (1950-1953), la Corée du nord a souhaité à plusieurs reprises et chaque année la destruction des Etats-Unis, au point que Barack Obama avait publiquement assuré (2) que les Etats-Unis disposaient d’un arsenal suffisant pour détruire entièrement la Corée du nord sans que les médias ne s’en émeuvent pour autant.


Si tout doit être entrepris pour empêcher la guerre, certains discours s’avèrent nécessaires en vue d’un objectif de dissuasion nucléaire et à l’endroit explicite d’autres pays comme la Chine et la Russie, de cette façon sommées d’agir auprès de la Corée du nord.

Pas la peine d’en rajouter donc et de dépeindre une fois plus Donald Trump en horrible méchant incontrôlable, la situation étant suffisamment inquiétante par elle-même. L’Europe, si férue de critiques contre l’administration Trump, n’est d’ailleurs ni militairement ni économiquement prête à affronter les conséquences d’un conflit militaire à la probabilité augmentée entre les Etats-Unis et la Corée du nord.

Que la guerre devienne chaude du jour au lendemain et avec la perturbation subséquente des marchés financiers, la zone euro pourrait bien exploser en quelques jours aussi géographiquement lointaine puisse en être la raison. Plutôt donc que de se moquer d’autrui et alors qu’elle n’est parfois qu’un poids-plume guère audible des poids-lourds de la scène internationale, l’Europe ferait bien de grandir et pour une fois d’anticiper.


Annotations

(1) Remarks by President Trump to the 72nd Session of the United Nations General Assembly (White House, 19 septembre 2017)

(2) ‘We could destroy you,’ Obama warns ‘erratic’ North Korean leader (The Telegraph, 26 avril 2016)

Auteur : Charles Rault

Charles Rault est spécialiste de l'information, fondateur de Le Politique.

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