La lutte de Facebook contre les Fake News est-elle un prétexte ?



Commençons par une affirmation claire afin d’évacuer toute accusation fantaisiste ultérieure contre Le Politique : lutter contre les fausses informations est un combat légitime mais aussi extrêmement sensible et porteur de graves conséquences s’il est excessif ou politique. Le réseau social Facebook va interdire de publicité les pages pointant vers ou reproduisant de fausses informations, autrement appelées “fake news.”

En effet, “si des pages partagent de façon répétée des articles considérés comme des fausses informations, ces pages ne seront plus autorisées à faire de la publicité sur Facebook,” indique son blog. En choisissant donc de se priver d’une part significative de ses revenus, l’un des géants de l’internet dirigé par Mark Zuckerberg entend empêcher que les fausses informations ne viennent un peu plus polluer l’actualité politique.

Accusées d’avoir influencé la dernière élection présidentielle américaine, les fake news auraient aidé Donald Trump à devenir président des Etats-Unis. Si bien entendu existe un vaste consensus en faveur du combat contre les fausses informations – consensus dont participe Le Politique, rappelons que de nombreux spécialistes et analystes du renseignement contestent le rôle important attribué aux fake news dans la victoire de Trump considérant qu’elles ne sauraient avoir constitué un contrepoids suffisant au soutien de 98% des médias en faveur de sa concurrente malheureuse Hillary Clinton.

Cette information, pourtant aussi logique que capitale, n’est étonnamment jamais mentionnée quand il s’agit de quantifier l’impact réel – et non supposé – desdites fake news. Ensuite, la campagne de l’élection présidentielle française 2017 a vu la suppression ou la suspension de milliers de groupes de discussion – comme ceux favorables à François Fillon par exemple – dont la simple « faute » fut de partager des opinions défavorables à Emmanuel Macron et au mal-nommé « progressisme » en général, sans pour autant relayer quelque information condamnable de type raciste, haineux, etc…

Dans la lutte contre les fake news se pose donc aussi la question d’une volonté déjà constatée de « contrôle politique » destinée à taire tout débat plutôt qu’à empêcher véritablement de fausses informations d’influencer l’électorat. Quand on constate que des centaines de milliers de contenus antisémites, pro-terroristes, anti-occidentaux, racistes et haineux peuplent les réseaux sociaux sans jamais ni être supprimés ni sanctionnés, s’accroit le doute quant à la cible réelle – et non avouée – de la lutte contre les fake news.

Si personne ne conteste la légitimité de cette dernière, encore faut-il qu’elle ne menace pas la Liberté d’expression ou ne laisse pas le contrôle de l’information – autrement appelée « censure » – à quelques individus autoproclamés « décodeurs » ou spécialistes de la « désintox ». Le contenu des sites français disant lutter contre les fake news est souvent flagrant de parti-pris et il suffit pour cela de constater que la majorité de leurs contenus ont consisté pendant la campagne présidentielle à défendre Emmanuel Macron et à descendre ses adversaires.

Malheureusement loin de toute équité, la lutte contre les fake news ressemble actuellement plus à un vaste projet d’élimination de tout débat démocratique plus que d’une véritable lutte contre la manipulation des masses. Enfin, rappelons que l’accusation de fake news est aussi régulièrement utilisée afin de n’avoir jamais à répondre aux questions difficiles ou qui pourraient interférer avec les belles promesses de certaines mouvances politiques.

Nouvelle arme ultime contre tous ceux qui dérangent à droite comme à gauche – quand bien même ils ne seraient absolument pas racistes, ni haineux, ni extrémistes – la lutte contre les fake news – dans sa configuration actuelle – menace plus la démocratie qu’elle ne la défend. Prétendre qui doit être lu ou non, qui doit être entendu ou non, qui décode et qui ne décode pas constitue une atteinte grave aux droits fondamentaux des citoyens. Prétexter de la lutte contre l’extrémisme pour éteindre toute contestation Républicaine et respectueuse des institutions est une tactique dangereuse qui n’alimente finalement que les extrêmes qui demeurent, eux, dûment visibles sur les réseaux sociaux.

Pour conclure, les fausses informations ont toujours existé et ne sont pas apparues avec Donald Trump. On constate donc que la lutte contre celles-ci n’est apparue comme une priorité que lorsque l’environnement politique n’était plus si favorable à ceux qui le dominent depuis des décennies. Gageons que si Hillary Clinton avait gagné – soutenu par 98% des médias, en quoi fut-ce plus démocratique ? – les fake news seraient restées un simple épiphénomène.

La lutte actuelle érigée en priorité n’est donc qu’un prétexte. Simplement parce que son indépendance véritable ne plaît pas à quelques-uns très haut-placés et qu’il ne tombe justement jamais dans l’amalgame imbécile, le propos primaire et le discours péremptoire, Le Politique pourrait bien être un jour supprimé au prétexte de cette lutte contre les fake news en réalité dirigée contre toute velléité démocratique de débat politique Républicain et contradictoire.

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Auteur : Charles Rault

Charles Rault est spécialiste de l'information, fondateur de Le Politique.

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